Lautresite, le jour, 23 septembre 03

En marchant au pas, ils se dirigent vers le fond de la scène et disparaissent.
Beni et Sam entrent réapparaissent, très lentement, en se regardant presque de façon chirurgicale.

Ben Fkih :
Tu n’es pas du village de Tazn’tem ?

Sam Moktar :
Sidi Fkih ? Vous… ici ?

Ben Fkih :
Aiwa, mon fils hélas, le guerre, elle est très démocratique, elle concerne tout le monde, enfin presque tout le monde. Et surtout si t’es pauvre et pas instruit, t’as beaucoup de chance de la faire, la guerre.

Sam Moktar :
Mais vous, Sidi, vous êtes instruit.

Ben Fkih :
Oui, mais je suis pauvre. Et pire, je ne suis pas français.

Sam Moktar :
Mais vous avez aidé, soigné et instruit tout les gens du village Sidi Fkih.

Ben Fkih :
Non pas tout le monde. Sinon il n’y aurait pas besoin de faire la guerre à des inconnus pour vivre.. Mais tu as raison, en trente-cinq ans, j’ai appris à lire et à écrire à beaucoup d’enfants comme je l’ai fait avec toi. J’ai soigné tout le village, même ton père souviens-toi. C’est à ce moment-là qu’il m’a dit : Sidi Fkih : mon fils il faut pas qu’il devienne un âne (ariour) comme moi. Pourvu qu’il soit instruit. Tu es le seul dans le village, il n’a pas d’école ici. Je te donnerai de la farine, des œufs, et peut-être même une cuisse de mouton. Mais il a dit qu’il faut attendre la fête. Aïa j’ai attendu vingt-cinq Aïd el kabir sans voir la moindre cuisse de mouton ouhanna ne mouton…