Lautresite, le jour, 22 septembre 03



Ben Caïd :
Derrière la fanfare et les tirailleurs ? C’est le colonel Chabert ! C’est lui qui fait la pluie ou la sécheresse ! S’il venait à savoir, je serais à Cayenne, avec les bagnards ! La fanfare, les tirailleurs, le colonel, tout le monde il arrive en même temps. (on frappe à la porte) Reprenons nos esprits… Le discours, l’appel du Roi Ah majesté ! (il embrasse une feuille de papier qu’il a sortie de sa poche) Quant à toi, pas un mot, pas une phrase. Le colonel va entrer. Il va encore m’enfumer avec son cigare. Aaaaaaah Moktar, tu ne parles pas un mot de français. Tu es muet comme une…

Sam Moktar :
Comme une tombe…

Ben Caïd :
Non, comme une babouche ! Et surtout, ne le contredit pas. (Il va au fond de la scène) Il y va de ma carrière. Ahaaaa Mon coloneeel Quel plaisir… (il sort en toussant)

Ben Colonel:
(entrant ; s’exprime avec un accent français) Tu es venu de loin, à pied. Combien de kilomètres ?

Sam Moktar :

Ben Colonel:
Cent, cent-cinquante ? C’est bien ça ! Ton oncle vient de m’en toucher un mot. (pause) Tu verras les tirailleurs, c’est la Baraka , la chance , El Barroud , c’est le combat jusqu’à la mort , oua el Harb, el Khital, El chrââ. (pause) T’es timide ou tu parles pas français ? De toute façon, c’est pas avec la parole qu’on devient un homme. Tu apprendras comme les autres. Tiens, voilà une avance sur ta solde. Et puis signe là. C’est un contrat. Ton contrat pour quatre ans de bonheur, de dépaysement. Ca va te faire du bien. Félicitations heu… Moktar Ben Zitoun. Allez, je vais annoncer la bonne nouvelle. Tu seras le premier du quartier.