Lautresite, le jour, 22 septembre 03



Ben :
EL MOKTAR ! Ce qui signifie l’élu. L’élu de la tempête et de la guerre ! Comment tiens-tu encore debout mon pauvre Moktar ? Où vas-tu dans ce vent et cette poussière ?

Sam Moktar:
Mes parents ont des dettes, plus rien ne pousse dans le champ. Je vais à la ville.

Ben :
Et voilà ce qui arrive quand on achète à crédit.

Sam Moktar:
De la farine, depuis un an. Et les grains n’ont toujours pas percé la terre.

Ben :
Et comment auraient-ils fait pour germer ? Avec les larmes des pauvres paysans peut-être ?
Il marche comme seuls les bergers berbères savent le faire. Pendant des jours sans manger, presque sans boire et sans jamais se plaindre. Moktar que vas-tu chercher dans cette ville ?

Sam Moktar :
Je vais chez mon oncle, le Caïd. Mon père le considère comme un traître parce qu’il travaille pour les Français. Mais lui, il mange à sa faim. Il a une maison. La plus belle du quartier. Doit nous aider ! (pause) Mon père ne sait pas que je vais le voir…lui demander de l’aide. Serait enragé s’il l’apprenait.

Ben :
Le soleil est déjà en haut du ciel. Mokhtar passe maintenant les portes de Nador et se dirige vers le quartier d’El Bassad.

Sam Moktar :
Là, ce sont les regards moqueurs des citadins qui m’accueillent. La poussière que je transporte me trahit. Je ne suis qu’un FELLAH !