Lautresite, le jour, 22 septembre 03



Ben Vieux Bouchaïd :
Can schnut les Américains ! Je dis les Américains par-ci les Américains par-là. Wakla les Américains en haut, les Américains en bas. C’est pas juste ! Ils parlent toujours des Américains alors que nous on était ici avant eux , avant qu’ils arrivent ! On était là avant eux ! En quarante, on est arrivé pour casser la gueule aux Allemands à Gembloux. On avait GAGI dans l’armée française ! C’est ça, Dgemblouxe. Sur les deux mille trois cents soldats et tirailleurs marocains, deux mille deux cent cinquante walcamhoum ! Que Dieu ait pitié de leur âme… C’est la seule victoire tactique contre les Allemands en quarante.

Sam :
Vous vous rendez compte. Tout ça grâce à des Bougnoules! Et on nous aurait caché une chose pareille depuis soixante ans. C’est de l’histoire cen-su-rée…et mystérieusement interdite… et si c’est interdit…Ca nous intéresse d’écrire sur ces types pour qu’ils ne tombent pas dans les oubliettes de l’histoire… parce que c’est important pour la mémoire.

Ben :
Alors, on s’est dit, procédons par ordre : il nous faut des livres d’histoire, de la documentation, des interviews d’anciens combattants et une salle pour travailler. Ouais, le jour du marché, je connais une salle. Le propriétaire c’est un flamand ya sahbi.. Il a accepté car je lui ai dis …” kroniek van een vergeten leger. » Et il a dit « Ik ben accoord » (pause). C’est au premier étage avec des grandes vitres. C’est chouette, de la salle on voit les échoppes du marché de Molenbeek, de toute les couleurs.

Sam :
On a décidé de se voir chaque semaine. Tous les jeudis et écrire, écrire, écrire ! Pour une fois on n’écrit pas l’histoire d’un jeune Marocain vole le sac d’une petite vielle à Molenbeek en 2003, mais où des Marocains cassent une bonne fois la gueule à des nazis en 1940 à Gembloux.
Et c’est ainsi que le jeudi suivant, parce qu’on se voyait tous les jeudis, nous nous sommes vus pour vérifier que tout cela était bien vrai. Et c’était la vérité. Ce n’était pas une blague belge : depuis la première guerre mondiale, la France a enrôlé des Marocains, des Algériens, des Sénégalais pour aller faire ses différentes guéguerres. Certains d’entre eux resteront en France pour descendre, en temps de paix, dans les mines de charbon.