Lautresite, le jour, 19 septembre 03
       
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Parce que, il faut bien le dire, le mot de « voisin » aujourd’hui, prend peu à peu le relais du mot « citoyen », il empiète sur l’idée de « société civile », il fait déjà partie de ces mots qui vont perdre leur sens dans quelques semaines ou quelques mois, la France d’en bas est remplie de voisins, et nous aurons encore à trouver d’autres mots où abriter nos rêves mais ce sera quoi la prochaine fois, des individus ? Le «comment» est rempli de mots comme ça, qui tiennent quelques saisons puis se lessivent, s’essorent et se sèchent : ce ne sont plus les mêmes mots, ils ont perdu leurs couleurs. L’idée même de la proximité, autrefois un genre de propos de progrès, est renvoyée à un truc sécuritaire et la chaussette est promptement retournée. Hier, on se voyait entre voisins pour contrer l’extrême droite, bientôt on obtiendra des subventions pour contrôler le quartier. C’est là que le « comment », tout de même, est un peu fragile. Le « pourquoi », qui consisterait par exemple à dresser une généalogie de la rue, à chercher les passages secrets qui relient les gens, à connaître les histoires, à entendre les récits, à tracer des itinéraires et à décrire à partir d’eux une cosmogonie des relations de quartier — car pourquoi sommes-nous voisins, à la fin ? — n’aurait pas grand-chose à attendre ni à craindre des changements sémantiques. Le « pourquoi » est incapable de fournir des solutions et des réponses, ce n’est pas son métier. Le « pourquoi », il va tout seul rencontrer ce qui se dit vraiment quand nous disons « nous ». Il n’a pas l’ambition sociale du « comment », il se place dans la relation comme un intermédiaire dispensable, une sorte de tiers absent. Le «pourquoi» est sur quoi se fonde ce à quoi entend répondre le « comment ». Aussi bien, dimanche, je lèverai mon verre à la santé du « pourquoi » et je sais déjà comment.























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