Lautresite, le jour, 17 septembre 03



Il faudrait pouvoir renaître. Dans un corps neuf, repartir à zéro. En cette fin d’après-midi, Côme préférait croire qu’il existait une solution magique à ses graves problèmes de santé. Tout à l’heure, il n’avait pas bien saisi les paroles du professeur Bec, mais une partie de son esprit avait compris l’essentiel : l’opération était pour demain.

Dans la poitrine de Côme résonnaient déjà les roulements de tambours de cette montée à l’échafaud. Il avait toujours eu peur de la mort. Il faut dire que tout ce qu’il avait pu glaner comme informations sur le sujet n’avait rien de rassurant.

Changé en boule puante, on se retrouvait prisonnier d’une caisse guettée par les insectes, avec pour seul horizon un grand trou noir au silence assourdissant. Selon une version plus définitive, notre conscience était éteinte pour toujours, débranchée comme la prise d’une télévision. Certains prétendaient qu’une fois redevenu une simple étincelle, on venait rejoindre des milliards d’autres pour former ensemble une énorme boule de feu : plus aucune identité, mais l’aumône de devenir un élément de ce formidable soleil !

Il y avait aussi l’accueil au paradis, une sorte de village de vacances où tout le monde était vêtu de blanc. Pas un mot plus haut que l’autre et le sourire obligatoire. La grande attraction promise consistait à y croiser Napoléon ou Jeanne d’Arc…