Lautresite, le jour, 12 septembre 03
       
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Après, seulement, nous assumons de nous être trompés et de l’avoir été. Hier, par exemple, nous sommes allés libérer notre livre, un petit Fred Uhlman, sur un banc de la place Anneessens, malgré qu’une écrivain à la radio eût passablement refroidi nos élans. Cette membre d’un commando fit comprendre que ces « attentats » étaient aussi, pour les maisons d’édition commanditaires, une manière d’engager la rentrée littéraire et elle ne renâcla pas au mot « promotionnel ». N’empêche, notre enthousiasme pour l’intrusion de l’acte gratuit dans la sphère publique nous amena donc à abandonner au passant inconnu une petite part de nous, souhaitant qu’il en fît bon usage. Voilà qu’aujourd’hui, dans notre courrier électronique nous trouvons un «COMMUNIQUÉ OFFICIEL DE LA REÉVOLUTION POÉTIQUE» dont nous livrons ici la première ligne : « Très chères et chers. La dénomination "officiel" est devenue plus que nécessaire au vu des nombreuses tentatives de récupération sans citation des sources de cet Acte effectuées ces jours-ci sur internet... ». On commence à comprendre qu’avec cette histoire « d’attentat poétique », ce n’était pas un livre qui était déposé mais une marque. Que cherchent-ils donc ces commanditaires ? Une place à l’OMC ? Un brevet sur les bancs publics, sur les livres qui sortent des poches et sur les mains qui s’en dépouillent ? Ou une subvention culturelle demain pour cause d’agitation littéraire productrice d’accroissements économiques dans le secteur du livre ? On se pensait, dans cette aventure, à l’abri des vaches et des immeubles en fête et on ne les quitte pas. Non, non, on est bien obligé de vous le dire : il n’y a plus d’acte gratuit. Et nous en sommes à nous demander qui a bien pu financer ces comètes pour qu’elles viennent percuter notre permafrost et percer nos paléosols. Voilà comment on est. D’ici lundi, cependant, nous vous l’assurons, nous veillerons à alimenter notre marmite. Promis, juré, craché.

























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