Lautresite, le jour, 11 septembre 03
       
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En ce jour du jeudi 11 septembre 2003,
on est spectateur. On regarde la presse et l’on voit côte à côte le Palais de la Moneda et le World Trade Center. Il y a du feu et de la fumée sur les images. Les maisons brûlent. Les éditorialistes, dans les radios, soulignent cette connexité. On veut sûrement nous dire quelque chose. Ce coudoiement dans la commémoration permet facilement l’amalgame et l’interprétation. Mais la responsabilité des Etats-Unis n’aurait pas été moins grande si la chute d’Allende et son suicide s’étaient produits un douze octobre ou un sept mai : le 11 septembre 1973 n’éclaire pas le11 septembre 2001. L’an dernier, à la même date, c’était déjà l’anniversaire de la prise du pouvoir par Augusto Pinochet mais le compte n’étant pas rond, personne ne s’était encore résolu à cette précipitation événementielle. Il faut se méfier des coïncidences construites. Car c’est faire comme si notre mémoire et nos analyses ne pouvaient être sollicitées que par le temps médiatique : c’est faire comme s’il n’y avait pas d’autre temps, c’est nous réduire à peu de choses, c’est nous éduquer à peu de frais. Il y a des choses à mettre sur la table, c’est sûr, mais la table doit être dressée tout le temps. On ne débarrasse pas. C’est un peu comme la marmite éternelle dont Alexandre Dumas regrettait déjà la disparition : toujours sur le feu, on y remplace ce que l’on ôte, viande pour viande, eau pour eau et poireau pour poireau. Nous avons ainsi l’image du « rien ne change » qui change tout le temps : la marmite éternelle ne suppose pas d’interruption dans un temps qu’elle préfère épouser ; le mouvement perpétuel, c’est elle. Dans ces choses qui sont sur le feu, il y a Augusto Pinochet, bien entendu, et les tribunaux internationaux : on voit ici que l’on veut parler d’un lien durable, de poursuites absurdement impossibles et d’un pays arc-bouté sur une probité unilatérale. Ces choses-là, il faudra bien un jour les faire bouillir. Nous venons aujourd’hui aussi de verser dans notre marmite l’assassinat de Anna Lindh alors que nous n’en avons toujours pas retiré le meurtre de Olof Palme. (...)



















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