Lautresite, le jour, 8 septembre 03
       
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En ce jour du mardi 9 septembre 2003,
il n’y a pas vraiment de mieux sur le front du refuge, c’est ce qu’on peut lire, c’est ce qu’on peut dire. Tenez, aujourd’hui. Seulement aujourd’hui. Aujourd’hui, le nouveau ministre de l’Intérieur belge, Patrick Dewael, libéral de Flandre, n’exclut pas qu’il faille ouvrir de nouveaux centres fermés. C’est presque un oxymoron sans doute mais c’est surtout un souci politique. Car on voit à Bruges et Zeebrugge venir des plages de Calais ceux que la fermeture du centre ouvert de Sangatte a fait s’effilocher sur un littoral qui, entre Manche et mer du Nord, regarde l’Angleterre et que l’Angleterre ne voit pas. Les centres fermés, on pouvait même penser qu’on les fermerait : quelque chose frémissait avant les dernières élections, mais aujourd’hui, tout est froid, parfaitement froid. Oui, le nombre de demandes d’asile a été divisé par trois depuis l’année 2000, dit le ministre. Mais non, ajoute-t-il, on ne peut pour autant se permettre de ne pas aller au bout d’une logique ; celui dont le seul papier est un ordre d’expulsion du territoire doit être reconduit à la frontière, la franchir, disparaître. C’est dans ce franchissement que Sémira Adamu a effectivement disparu voilà cinq ans, presque jour pour jour. Demain commencera le procès des gendarmes — ainsi que l’on disait alors — qui appliquèrent pour elle la méthode du coussin, c’est-à-dire qu’ils lui appliquèrent un coussin sur le visage et qu’elle en mourut, étouffée, sur un siège d’avion en partance pour un Togo qu’elle ne voulait pas rejoindre. La scène avait été filmée, par l’un des gendarmes même, une manière de snuff movie policier. Ces images pèseront lors des audiences d’un procès qui commence, enfin, demain. Les policiers ont annoncé qu’ils y assisteraient en masse, ne souhaitant pas laisser aux comités de soutien le bénéfice de l’émotion et à l’opinion publique le sentiment d’un dysfonctionnement de plus. Ils vont donc venir collectivement assumer ce coussin et cette mort. Sémira Adamu avait eu droit à des funérailles sinon de chef d’État, au moins de notable : la cérémonie s’était déroulée en la cathédrale Saint Michel, haut lieu de scansion des vie et mort des princes et des rois de ce pays. Elle avait rejoint la cohorte des enfants et des jeunes filles dont ce pays a su se défaire ces dernières années. Tout à côté, enfin pas loin, mais tout de même à cinq années de distance, le Palais de justice sera demain sous la garde rapprochée de l’esprit de corps. Des fonctionnaires se diront solidaires d’autres fonctionnaires et viendront devant les juges et les magistrats comme un constant rappel — peut-être comme une menace. Ce qu’ils diront ? Que force doit rester à la loi. Force.























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