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On a parlé ici des snipers culturels : ils n’aiment
pas les villes ni qui les habitent, ils tirent sur les bibliothèques,
ils brûlent les livres (pardon, mais c’est presque aussi l’anniversaire
du premier autodafé, cinquante ans seulement, le 10 mai 1933, Zweig
et Mann et Freud et Feuchtwanger et Werfel et Einstein,…) et les
gens qui lâchent par exemple des vaches en ville ou qui licencient
des directrices de centres culturels n’ont même pas conscience
qu’ils font partie de cette même famille haineuse qui finit
les siècles et qui les ouvre. Disons-le : on n’aime pas trop
ces références aux attentats, au terrorisme, aux commandos,
aux bombes ou aux kamikazes, on ne peut plus se goberger avec ça
(ici, revenir avec Breton, et "l'acte surréaliste le plus
simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue
et à tirer au hasard, tout ce qu'on peut dans la foule", ce
n’est plus de saison, tout le monde tire au hasard, tout le monde
a des revolvers, tout le monde tue tout le monde dans la rue), parce qu’après
aussi bien, on peut se mettre à vouloir couper des têtes
et parce que, pendant, on parie mais ce même onze septembre et peut-être
à 14h46, quelqu’un aura sûrement cette fameuse bonne
idée de faire sauter quelque chose quelque part pour quelqu’un,
on ne vaticine pas, on lit la presse c’est tout. Sur le forum de
l’attentat poétique, il y a Thomas: « Je serai bien
évidemment ce 11 septembre un des kamikazes qui feront sauter les
mots en pleine rue ». Et il y a aussi Jacqueline : « J'entends
ainsi affirmer la force de la poésie contre la barbarie, celle
des mots contre le terrorisme, celle de la culture contre l'obscurantisme
». Ce sont des mots que ne renierait pas Arthur Haulot, bel homme
de presque 89 ans, qui organise aussi le onze septembre sa biennale de
poésie, à Liège, il y sera également question
de l’espace. Ce sont des mots aussi, hélas, dont la substance
est galvaudée. Ce sont, presque, des mots de ministre de la culture.
Ils ne l’étaient pas, ils le sont devenus. Un moment donné,
des types volent les mots que nous aimons et subventionnent avec des tas
de projets pour humaniser la société, rapprocher les générations
et éduquer la jeunesse. C’est même très exactement
pour quoi il nous faut réapprendre à saisir ces mots qui
étaient nôtres et qu’il faut s’en aller les distribuer
dans la rue, comme s’il s’était agi de tracts aux portes
des usines en d’autres temps. Nous serons donc le onze septembre,
à 14h46, etc…
Deux choses : http://web.wanadoo.be/attentatpoetique/home.htm,
le site du onze septembre et http://maison-internationale-poesie.be
le site de la biennale liégeoise.
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