Lautresite, le jour, 8 septembre 03
       
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On a parlé ici des snipers culturels : ils n’aiment pas les villes ni qui les habitent, ils tirent sur les bibliothèques, ils brûlent les livres (pardon, mais c’est presque aussi l’anniversaire du premier autodafé, cinquante ans seulement, le 10 mai 1933, Zweig et Mann et Freud et Feuchtwanger et Werfel et Einstein,…) et les gens qui lâchent par exemple des vaches en ville ou qui licencient des directrices de centres culturels n’ont même pas conscience qu’ils font partie de cette même famille haineuse qui finit les siècles et qui les ouvre. Disons-le : on n’aime pas trop ces références aux attentats, au terrorisme, aux commandos, aux bombes ou aux kamikazes, on ne peut plus se goberger avec ça (ici, revenir avec Breton, et "l'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tout ce qu'on peut dans la foule", ce n’est plus de saison, tout le monde tire au hasard, tout le monde a des revolvers, tout le monde tue tout le monde dans la rue), parce qu’après aussi bien, on peut se mettre à vouloir couper des têtes et parce que, pendant, on parie mais ce même onze septembre et peut-être à 14h46, quelqu’un aura sûrement cette fameuse bonne idée de faire sauter quelque chose quelque part pour quelqu’un, on ne vaticine pas, on lit la presse c’est tout. Sur le forum de l’attentat poétique, il y a Thomas: « Je serai bien évidemment ce 11 septembre un des kamikazes qui feront sauter les mots en pleine rue ». Et il y a aussi Jacqueline : « J'entends ainsi affirmer la force de la poésie contre la barbarie, celle des mots contre le terrorisme, celle de la culture contre l'obscurantisme ». Ce sont des mots que ne renierait pas Arthur Haulot, bel homme de presque 89 ans, qui organise aussi le onze septembre sa biennale de poésie, à Liège, il y sera également question de l’espace. Ce sont des mots aussi, hélas, dont la substance est galvaudée. Ce sont, presque, des mots de ministre de la culture. Ils ne l’étaient pas, ils le sont devenus. Un moment donné, des types volent les mots que nous aimons et subventionnent avec des tas de projets pour humaniser la société, rapprocher les générations et éduquer la jeunesse. C’est même très exactement pour quoi il nous faut réapprendre à saisir ces mots qui étaient nôtres et qu’il faut s’en aller les distribuer dans la rue, comme s’il s’était agi de tracts aux portes des usines en d’autres temps. Nous serons donc le onze septembre, à 14h46, etc…

Deux choses : http://web.wanadoo.be/attentatpoetique/home.htm, le site du onze septembre et http://maison-internationale-poesie.be le site de la biennale liégeoise.






















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