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En ce jour du lundi 8 septembre 2003, retournons à l’espace
public, nous en parlons ici de façon considérable, cela
nous occupe décidément intensément l’esprit.
Et disons alors que le jeudi onze septembre prochain, à 14h46,
nous serons quelque part dans cet espace et que nous nous joindrons à
cet « attentat poétique » qui entend libérer
ici ou là — métro, parc, banc, bistrot, etc…
— un livre qui aura compté et que l’on abandonnera
— après l’avoir soigneusement annoté —
à l’usager urbain anonyme qui pensera peut-être emporter
en courant ce qu’on a délicatement déposé à
son abstraite intention, par une sorte d’acte gratuit (l’acte
gratuit n’étant jamais coûteux que pour celui qui le
commet, chacun sait cela) qui renverse d’un coup ce que l’on
sait à Bruxelles de ces vaches (non, nous ne lâchons pas)
qui broutent un pavé sponsorisé et délivrent en meuglant
des messages publicitaires déguisés en art citadin contemporain.
Les commanditaires de cet attentat — ils sont éditeurs et
écrivains, ils tirent leur idée d’une initiative italienne
née sous Berlusconi, grand éditeur de la botte, magnat mangeur
même de littérature, il faut bien connaître l’empire
de Silvio, mieux que les Italiens même ne le peuvent, Berlusconi
non plus n’hésiterait pas devant le sponsoring d’une
vache, il n’aime ni les juges, ni les Allemands, ni les centres
culturels italiens à l’étranger, ces jours-ci par
exemple la directrice de la représentation italienne à Bruxelles
a fait ses valises malgré les pétitions et les protestations
d’écrivains et ici on a bouclé la boucle, on est allé
du livre à l’écrivain, c’est tout rond la culture
— ces commanditaires alors entendent donner à ce geste une
amplitude universelle (à l’origine, seules les villes de
Bruxelles, Paris, Florence et San Francisco étaient concernées,
mais cela aussi a explosé, cela se capillarise, c’est devenu
ingérable, donc parfaitement magnifique) en même temps qu’une
précision temporelle contrainte : le onze septembre 2001 à
14h46, la première des tours du World Trade Center s’effondrait
et c’est cela qu’il s’agirait, en quelque sorte, de
commémorer, en renversant cette fois le geste du terroriste.
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