Mais Marc Pataut refuse à juste titre de réduire
leur expérience à une contrainte d’adaptation, ne
serait-ce que parce que la figure de l’exclu masque trop souvent
une diversité de parcours, parmi lesquels on peut encore distinguer
des choix d’existence, des refus d’intégration.
L’intimité territoriale peut résulter d’une
obligation de repli mais elle participe d’une ouverture. Elle
instaure une autre «dimension» —dans tous les sens
du terme— de la subjectivité : irréductible au partage
privé-public qui fonde la définition légale et
normative de l’autonomie du sujet depuis la mise en place de la
sphère publique bourgeoise. Ce qui apparaît dans cette
ouverture n’est pas l’horizon d’un sujet collectif
ni même l’imaginaire d’une communauté alternative
édifiée sur les ruines du contrat politique. L’opposition
binaire privé-public est suspendue par la soustraction de l’intimité
et son déplacement dans la dimension territoriale. L’expérience
du Cornillon peut toutefois difficilement servir de modèle de
viecommunautaire, et son interprétation photographique reste
entièrement le fait d’un individu poursuivant son histoire.
Sauf que cette histoire ne cesse de dévier, de se démultiplier
dans l’invention d’autres relations et d’autres territoires.