Lautresite, le jour, 4 septembre 03

Dès lors, l’intimité n’est plus ce repli choisi ou forcé sur un espace protégé —en l’occurrence très précaire— auquel elle est généralement identifiée et, à ce titre, parfois dénoncée comme une négation du rapport privé-public aboutissant à une mutation de la vie privée. Cette définition «privative» de l’intimité, que Hannah Arendt critiquait chez les nantis du progrès moderne, se retrouve dans l’organisation de survie des habitants du Cornillon, sans qu’on puisse le leur reprocher puisqu’elle résulte dans leur cas d’une impossibilité d’accéder à la sphère légale de la vie privée (et non d’une fermeture de la sphère constituée à l’espace public). Mais il existe une autre intimité, constituée de relations plus ouvertes, et qui excède le rapport privé-public, ou le déplace dans une autre dimension. C’est l’intimité qu’un individu, une famille ou une communauté entretient avec son environnement, au-delà de l’abri domestique ou, plutôt, quand celui-ci est lui-même un vecteur —et non une coupure— de l’environnement.
Les habitants du Cornillon, dans leur grande majorité, ont été contraints à cette relation par défaut de domicile légal, par exclusion de l’espace urbain.