Lautresite, le jour, 5 septembre 03

L'intimité territoriale
par Jean-François Chevrier ( 5/5)

Territoire, imaginaire: ces deux mots se rejoignent dans l’intimité du récit, malgré la distance qui sépare un lieu d’une représentation. Aujourd’hui, le terrain vague du Cornillon n’existe plus que dans quelques mémoires dispersées: chroniques journalistiques, histoires du site industriel de la Plaine Saint-Denis, souvenir de ceux qui l’ont habité. Ce qu’a fixé Marc Pataut est d’une autre nature, puisque c’était une “invention”. Ce qui subsiste dans son récit en image n’est pas de l’ordre du souvenir documentaire; ce sont des traces d’expérience. Et il ne suffit pas de dire que l’expérience se démarque de l’événement, il faut encore dire ce qu’elle transmet, si l’on ne veut pas abandonner le domaine de l’information aux grands-médias. Le risque est d’instaurer un nouveau partage entre une sphère publique manipulée et une sphère privée conçue comme un refuge de l’authenticité. Dans le cas présent, il y aurait d’un côté l’Histoire, qui progresse sur une voie monumentale, à laquelle correspondraient la dimension métropolitaine et la monumentalité du Grand Stade; et il y aurait, de l’autre côté, les petites histoires de vies momentanément rassemblées sur un terrain vague.