L'intimité territoriale
par Jean-François Chevrier ( 5/5)
Territoire, imaginaire: ces deux mots se rejoignent dans l’intimité
du récit, malgré la distance qui sépare un lieu
d’une représentation. Aujourd’hui, le terrain vague
du Cornillon n’existe plus que dans quelques mémoires dispersées:
chroniques journalistiques, histoires du site industriel de la Plaine
Saint-Denis, souvenir de ceux qui l’ont habité. Ce qu’a
fixé Marc Pataut est d’une autre nature, puisque c’était
une “invention”. Ce qui subsiste dans son récit en
image n’est pas de l’ordre du souvenir documentaire; ce
sont des traces d’expérience. Et il ne suffit pas de dire
que l’expérience se démarque de l’événement,
il faut encore dire ce qu’elle transmet, si l’on ne veut
pas abandonner le domaine de l’information aux grands-médias.
Le risque est d’instaurer un nouveau partage entre une sphère
publique manipulée et une sphère privée conçue
comme un refuge de l’authenticité. Dans le cas présent,
il y aurait d’un côté l’Histoire, qui progresse
sur une voie monumentale, à laquelle correspondraient la dimension
métropolitaine et la monumentalité du Grand Stade; et
il y aurait, de l’autre côté, les petites histoires
de vies momentanément rassemblées sur un terrain vague.