Lautresite, le jour, 4 septembre 03
       
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En ce jour du jeudi 4 septembre 2003, c’est assez, on a envie d’en finir avec ces prothèses communicationnelles qui se donnent des airs de lien social. Nous voulons dire : avec les plages en ville, les immeubles en fête, les vaches sur le pavé, et le toutim estival quand, d’un coup, l’urbain entend faire village et campagne. Soyons justes : nous connaissons même des gens qui trouvent les plages des quais plaisantes, les vaches ludiques et les immeubles conviviaux. Mais rien de tout cela ne peut surprendre notre mauvaise foi, qui reste entière. Les plages en ville, par exemple, qui se sont européanisées cette année et dont la justification est partout pareille, destinées qu’elles sont aux « gens qui ne peuvent pas partir en vacances ». Triste et pauvre argument qui sent le renoncement et la défaite : il existe de l’intangible et de l’immuable là-dedans, ça ne fait pas très Léon Blum, les congés restent payés, mais le voyage manque, on ne va plus dehors, alors on met le dehors dedans. L’inversion dont nous parlions hier à propos de la télé-réalité fonctionne à l’identique. Le grand rêve de ces villes bucoliques et de ces campagnes qui ressembleraient à des parcs de loisirs, il a déjà été fait. On l’a vu à l’œuvre. Citera-t-on ici le mot d’urbicide, néologisme attaché aux guerres yougoslaves ? On le fait. On n’a pas peur. On voit dans ces idées de mettre la campagne en ville et le bord de mer avec, quelque chose du sniper culturel. À l’inverse, faire des paysans les jardiniers du territoire, cela a aussi été pensé. D’un côté la mise en condition pittoresque de la ville pour ceux qui restent (le citytainment ?), de l’autre la découpe divertissante de la campagne pour ceux qui partent (le countrytainment ?). Déjà même, l’aménagement urbain parle tout seul : Sedan ou Bourges, vous avez l’impression de visiter la même ville. Le village, quant à lui, se fait de plus en plus musée de lui-même : le champêtre devient inhabitable une fois le touriste parti. On y voit, on nous le pardonnera, une sorte de systématisation rurale rampante avec tous ses artefacts au nombre desquels la massification des eco-musées fait office, en quelque sorte, d’étalon de la falsification de la mémoire. Nous nous habituons alors à habiter de plus en plus une fiction quotidienne. Et c’est dans cette fiction, nous le savons bien, que nous avons à poser les questions de « l’intégration », de l’immigration, de l’asile ou du refuge. Qu’est-ce qu’on dit ? On dit bonne chance.























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