La parenthèse ouverte dans Berlin par la chute du Mur, comme
la “Zone” parisienne des anciennes fortifications photographiées
par Atget, sont des ruptures chronologiques autant que des interruptions
d’une continuité spatiale. Accident de l’histoire,
le terrain vague est à la fois un reste d’une espèce
d’espace disparu de la ville au cours de son évolution
et un territoire interdit de cité, refuge naturel des exclus
et des jeux interdits. C’est pourquoi il doit être effacé,
comme une tache, ou résorbé, comme une tumeur. Car s’il
est généralement isolé, étroitement localisé,
ou périphérique, il peut se diffuser par contagion et
gagner toute la ville en absorbant l’espace public, comme on a
pu le constater dans les downtowns américains et parfois même
en Europe ( à Milan par exemple ). À l’exception
de quelques îlots protégés, qui entretiennent une
image d’ordre et de prospérité, la ville toute entière
est gagnée par le vague: ville vague, constituée de fragments
vaguement assemblés. (...)