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(...) Plaçons ici le souvenir d’un entrefilet du mois d’août
dans « le Monde » comme quoi Maurice Papon avait introduit
une demande de RMI qui lui fut refusée. On se rappelle que Papon
aussi laissa des morts sans sépulture, qu’il a fait des os
sous lui, noyés arabes de la Seine, petits juifs des wagons plombés
: on est pleinement dans le débat, on ne le quitte pas. Mais qu’est-ce
que c’est mortifère, qu’est-ce qu’on n’avance
pas vers le bonheur, ce n’est pas bien, on ne devrait pas réfléchir
comme ça, on ennuie la République, et c’est vrai que
le filet social doit être tendu, si même l’ascenseur
est en panne. On tend. Imaginons un ancien jour de congé où
mes voisins français travailleraient : le gouvernement propose
le huit mai, c’est une belle date. On finirait enfin la guerre,
notre mémoire serait doublement apaisée, vingt-quatre heures
pour le troisième âge, le quatrième aussi sans doute
— mais alors là pourquoi pas Halloween qui précède
la Toussaint qui suit la fête des morts ? — tandis que devant
la flamme du soldat inconnu se courberaient les mânes des décédés
anonymes de l’été 2003. Empêchons-nous ici de
rappeler les choses qui bougent, par exemple le Premier mai qui devient
la Saint-Philippe en 1941, mais ces choses qui bougent fâchent aussi,
elles ne sont là que pour faire farine au moulin du dégoût
de soi. Alors on recule. On fait le compte des cimetières que l’on
a dans la tête. On se dit que non, décidément, on
ne les quittera pas. On est un père qui reconnaît ses naissants,
on est un fils aussi qui reconnaît ses morts. Avec l’âge
qu’on commence à prendre, on commence aussi à apprendre.
Demain donc, les morts sortiront des frigos.
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