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(...) Gens quittant alors l’air conditionné et partant pour
le carré des indigents. Corbillards et cimetières : on revoit
ici les plumets noirs des chevaux et les cordons du poêle, car ces
indigens ne sont pas nos contemporains, ne peuvent pas l’être,
il faudrait que le cortège traverse des villages, alors on comprendrait
mieux, on serait chez Perec, on se souviendrait, des hommes même
soulèveraient leur galure et des femmes renifleraient sous la voilette
parce que voilà bien que des morts partent sans deuil, sans personne
pour le faire ni quiconque pour le porter. Il faudrait des tentures épaisses,
à ces morts-là, devant les maisons où on les trouva,
des crêpes au revers du veston des passants, des catafalques sur
les places publiques et alors, bien sûr, des fleurs et couronnes
au pied des monuments aux morts. J’entendais dimanche à la
radio une rediffusion d’un entretien avec Jean-Pierre Le Goff, il
disait cela, Jean-Pierre, qu’en quelque sorte, nous, contemporains,
nous repaissions des images négatives de nous-mêmes, qu’il
y avait des camps de concentration partout dans nos têtes, des trop-pleins
de culpabilités coloniales, une compassion certaine pour le mortifère,
que nos afflictions étaient contre-productives, qu’elles
n’appelaient pas à la création, au sortir de soi,
au bonheur pour faire court, que notre dégoût de nous-mêmes
était, en fait, trop entier.
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