Ce qui se présente d’emblée, en générique
- on peut penser à Ordet de Dreyer - est un paysage sans construction,
sans indications d’échelle, ouvert sur la seule immensité
du ciel ( marqué toutefois d’une trace d’avion).
Tout s’enchaîne ensuite dans cette “dimension”
d’un territoire situé entre terre et ciel, qui soutient
l’insistance mobile du regard en s’y constituant. Le territoire
à une étendue et des limites — qui finissent par
se défaire au contact de sa périphérie urbanisée
— ; mais il n’est pas circonscrit, ni mesuré, ni
même décrit. Il est spécifique, ses habitants ont
un corps, un visage, ils l’expriment, mais il a aussi valeur de
métaphore: il vaut pour d’autres espaces similaires. C’est
le lieu-dit du Cornillon et sa mémoire en images: les portraits
et les vues de baraques ont la précision d’un compte-rendu
sans effet pittoresque; et l’on peut difficilement ignorer les
indices du dénuement. Mais c’est aussi le lieu commun du
terrain vague, une figuration lyrique d’un idéal, à
contre-courant de cette rhétorique de la compassion qui légitime
le voyeurisme. (...)