Lautresite, le jour, 1er septembre 03


Ce qui se présente d’emblée, en générique - on peut penser à Ordet de Dreyer - est un paysage sans construction, sans indications d’échelle, ouvert sur la seule immensité du ciel ( marqué toutefois d’une trace d’avion). Tout s’enchaîne ensuite dans cette “dimension” d’un territoire situé entre terre et ciel, qui soutient l’insistance mobile du regard en s’y constituant. Le territoire à une étendue et des limites — qui finissent par se défaire au contact de sa périphérie urbanisée — ; mais il n’est pas circonscrit, ni mesuré, ni même décrit. Il est spécifique, ses habitants ont un corps, un visage, ils l’expriment, mais il a aussi valeur de métaphore: il vaut pour d’autres espaces similaires. C’est le lieu-dit du Cornillon et sa mémoire en images: les portraits et les vues de baraques ont la précision d’un compte-rendu sans effet pittoresque; et l’on peut difficilement ignorer les indices du dénuement. Mais c’est aussi le lieu commun du terrain vague, une figuration lyrique d’un idéal, à contre-courant de cette rhétorique de la compassion qui légitime le voyeurisme. (...)