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Nous sortons d’un été traversé par une imprévision
météorologique qui réitère un impensé
politique que d’aucuns ont payé de leur vie à Bagdad.
Que se passe-t-il en effet lorsqu’il devient impossible de penser
un fait ou un événement dans sa consécution ? Un
fait ne vient ni ne va tout seul et l’on devrait commencer à
savoir qu’il s’inscrit dans un réseau de contextes,
de relations et d’enchaînements. Tout se passe cependant comme
si nous étions finalement acculés à la vulgarité
d’une gestion qui maintient que 1 et 1 font 2 mais n’arrive
plus à compter jusqu’à 11.435. Ces vieux morts du
mois d’août français sont nos spectres contemporains
: ils disent à peu près tout de nos enfers.
Nos enfers ? Quoi, un gamin que nous connaissons bien est en prison à
Toulon pour avoir mis un peu trop fort le pied dans la porte de son voleur
de portefeuille : il paie pour huit mois de n’avoir pas fait confiance
en la police d’un État pourtant imprévoyant. Quoi,
un autre jeune homme que nous avons croisé en d’autres temps
est mort en Irak, disparu dans les décombres de l’ONU : il
a payé d’avoir dû faire confiance aux armées
et aux gouvernants d’États effectivement négligents.
Ils ne sont pas, non plus que les 11.435 vieux, des oubliés de
l’histoire : ils sont des fracassés de l’impensé
politique. On permettra que l’on leur dédie ce numéro
et ceux qui vont suivre.
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