Lautresite, le jour, 25 juillet 03

 


20 juillet 2003
Brel a raison. Il est plus difficile de quitter Subotica quand on va vers Osijek que d’arriver à Osijek.
Mais j’aime me perdre dans les faubourgs, où que cela soit.
Ceux de Subotica, un dimanche, abritent un grand marché semi-couvert. Monotonie des produits, textile, cosmétique, plastique. Rhapsodie des gens, multiples, marchands et acheteurs. Des glaces pour les enfants, peu de contrebande.
Un marché.
La route pénètre la plaine de Voïvodine, c’est-à-dire Backa pour les Magyars. La Beauce du coin.
Le seul pont entier, suite aux bombardements de l’Otan de 1999 mène en Croatie, à Batina sur le Danube. Vous quittez donc un pays pour un autre. Avant le pont, trois policiers serbo-monténégrins abrités sous une tôle vous demandent si vous êtes "bizness". Qu’être d’autre ? Après le pont, deux douaniers croates vous demandent d’ouvrir le coffre. Transportez-vous de la viande ? J’ai dit que non. Nous en sommes resté là. De quoi voulait-il parler ? Fleisch ?

Pénétrant par Batina en territoire croate, je me fais un plaisir personnel. C’est que Batina et la Baranja furent occupées par les milices serbes de 1992 à 1996. C’est en Baranja que différents contingents belges séjournaient au titre de l’Unprofor, chargés de maintenir le statu quo ante. Sale besogne. Les chiens sont en laisse, à charge pour vous de les sortir de temps en temps. Même le "désarmement" fut une opérette.
Et c’est en Baranja que je voulais pouvoir aller quand, dans Osijek encerclée, nous avions — et je partageais — le sentiment d’être dans un cul-de-sac. Imaginez le bout de votre rue condamnée et infranchissable. Imaginez ce que des Européens à Chypre, à Belfast, à Gorazde, à Varsovie, ont pu éprouver.