Lautresite, le jour, 25 juillet 03



La direction de Waterman le comprit peut-être qui refusa d'utiliser la découverte de Loos comme publicité pour ses stylos — on ne fait pas de publicité sur la tombe des morts — mais offrit une plume de grande valeur qui fait partie désormais des attributs du Maire. Les maires devraient se transmettre non seulement l'écharpe mais la plume. En 1919, alors que les premiers habitants revenaient dans Loos totalement détruite, l’une des publicités de Waterman vantait “le stylo de la paix”. Une République dessinée par Ogé tenait à la main le traité fraîchement signé. Comme les tampons, les cachets, les timbres, la plume peut donner un caractère solennel aux mots qu'elle trace. Non plus ces formules rituelles aujourd'hui conservées dans la mémoire des traitements de texte, mais ce qui s'écrit à la main, dans la radicale individualité du lien entre la main et la pensée. Car le pouvoir n'est pas que dans l'administration mais dans la transmission du passé et dans l'invention du futur, tâches hasardeuses qui nécessitent la plume. Et le stylo de Villedieu nous rappelait que ces tâches n’incombent pas qu’au pouvoir. C’est chacun d’entre nous qu’il invitait à transmettre le passé et à inventer l’avenir.

La flamme du soldat inconnu nous disait « N’oubliez jamais ». Et, sans doute, nombre de lettres, de photos, de souvenirs laissés par les morts, ne disaient pas autre chose. Ils nous prescrivaient un devoir de mémoire. Or le devoir ne suffisait pas. Il n’était pas sûr qu’il s’opposât à la guerre et quand il s’y opposait c’était dans une logique qui ne lui était pas étrangère. La guerre en effet ne connaissait que cela, le devoir.