Lautresite, le jour, 25 juillet 03


Alfred Duparcq a toujours travaillé dans le bâtiment. Conducteur de travaux, les ouvriers l'appelaient la Taupe. Il savait que les maisons ne sont pas construites sur le vide mais sur des terres pétries d'histoire. Pas un lieu ici où ne soit enfoui un vestige de la guerre. Pas de fondations sans que ne resurgissent ce que la guerre et le temps ont pris malin plaisir à dérober. Et ce que les bâtisseurs ne retrouvent pas, les agriculteurs le découvrent au hasard des labours. Un jour c'est un fusil. Le lendemain, l'outil cogne contre la pointe d'un casque. Douze Allemands sont retrouvés côte à côte, enfouis debout comme s'ils venaient de quitter la tranchée. Celle de l'ennemi était rarement à plus de trente cinq mètres. Quelques milliers d'hommes pouvaient tomber pour la prendre.

C’est ainsi que Duparcq est devenu l’un des animateurs de la société d’histoire locale. Duparcq n'est pas un nostalgique. Sa grande guerre n'est pas une fuite dans un passé dont le tragique ne serait que prétexte à oublier les difficultés du présent. Duparcq est un retraité d’aujourd’hui. Il travaille pour demain. Adjoint au maire, actif dans le milieu associatif, il s'occupe des jeunes en difficultés. C'est avec eux qu'il explore et restaure les souterrains creusés à quelques centaines de mètres de chez lui. Sur les parois, les soldats canadiens ont écrit au crayon bleu leurs nom et numéro matricule. Ils ont dessiné leurs parents, leur femme, parfois leurs armes. Ils savaient qu'ils ne reviendraient pas de ce curieux retour en préhistoire. Douze mille tombèrent en quelques jours à la mi-août 1917 pour reprendre la cote 70.