Lautresite, le jour, 24 juillet 03


Dans cette guerre, des milliers de mosquées, d'églises et de monastères ont été détruits. Le Musée national et l'Institut d'Orient étaient des objectifs stratégiques.

Mais même dans la bibliothèque en ruine, dont l'image a fait le tour du monde, un garçon entreprenant photographie, comme dans un lieu depuis longtemps touristique, des demoiselles de l'Ifor, très belles à vrai dire dans leurs treillis cintrés quand elles prennent volontiers la pose au milieu des gravats, au pied des colonnes de marbre brisées ou fondues. Partout des amoureux se tiennent par la main et le soir, sur les promenades, les filles ont des regards accordés à leur élégance. Le photographe amateur invite ses deux belles soldates suédoises à la terrasse de l’hôtel Beograd, rebaptisé Bosnia, où elles reconnaîtront des confrères parmi les soldats ghanéens et les guerriers samburus qui rient à gorge déployée, prennent des photos à gogo, les bérets et les talkie-walkie négligemment posés sur les tables parmi les viandes grillées et les fromages panés. Ils logent à l'Holiday Inn, chef-d’œuvre jaune canari de cette architecture socialiste qui prévalait encore aux temps des Jeux Olympiques d'Hiver quand personne à Sarajevo ne pensait à la guerre. L'ascenseur y est en panne et, comme une multitude de fonctionnaires internationaux et de journalistes, ils monteront à pied huit ou dix étages, ce qui ne les empêchera pas de payer leur chambre au prix des grandes capitales. Comme si de rien n'était.