Lautresite, le jour, 24 juillet 03


À Sarajevo aussi, un musée est installé au pied du pont de pierres Prinzipu Most. C'est ici que tout a commencé, le 28 juin 1914, quand Gavrilo Prinzip, sniper avant la lettre, dont le coup de feu réussi plongea l'Europe dans le conflit le moins nécessaire de son histoire, a tiré sur l'archiduc François Ferdinand. Même si le mouvement anarchiste dont il était militant s’appelait La Jeune Bosnie, Prinzip était serbe. Le brave soldat Chveïk pensait que l'attentat était un coup des Turcs, mais, comme l’écrivait Hasek, Chveïk n'avait pas de formation diplomatique. Si Prinzip n'était pas turc, c'est qu'il était serbe, et s'il ne l'était pas, il l'est devenu. Le petit musée est fermé et détruit. En Bosnie musulmane, un Serbe ne peut plus faire partie des héros nationaux. Le pont auquel Prinzip a donné son nom sera peut-être rebaptisé comme le sont aujourd'hui la plupart des rues de la ville, à l'exception notoire et paradoxale de l'avenue du Maréchal Tito.

Quand il n'y a pas de vent, il fait chaud l'été à Sarajevo et la pluie qui tombe soudain n'est pas malvenue qui rafraîchit la ville, même si elle rend plus tristes encore les façades lépreuses et les maisons détruites.

En ce premier été de la paix revenue, la piscine est noire de monde et beaucoup d'enfants nagent dans la rivière. Sur tous les murs de la ville, des affiches pour un concert des bérets verts. L'ambassadeur d'Allemagne trouve la terrasse du Bazen agréable. Ses gardes du corps mangent à une table voisine. Ils observent les clients qui arrivent, en sirotant des bières. Un mouton tourne sur une broche. Les frigos du restaurant ont été remplacés par ceux d'un camion hollandais dont le moteur tourne en permanence quelques pas plus loin sur la route qui va vers Pale.