Lautresite, le jour, 23 juillet 03



Quelle aurait été mon assurance, si je n'avais eu pour appuyer mes convictions que les discours professoraux, les oraisons télévisuelles et cinématographiques ou les diktats démocratiques ? Quelles raisons auront mes enfants de ne pas se défier de ce qui m'est fondateur ?

Verbatim, 13
Il y a, depuis le début, un ressort. Sinon celui de la poésie, au moins quelque chose d'une violente et constante rêverie politique. Nous sommes, depuis 1988, sur une ligne de crête : d'aucuns ont cru nous voir avec des brassards ou des mouchoirs, ceux-là se sont trompés durablement. Ils se trompent encore.
Les choses faites avec la Roumanie — les communes, les citoyens : cela était le politique, mais l'idée que mille communes allument la résistance fondait le poétique —, les choses faites en Bosnie, celles voulues au Kosovo : il n'y pas eu la moindre prise en compte de la réalité. Empêcher une guerre, par exemple, nous savons ce que c'est. Nous l'avons fait. Une fois. Mais cette fois était toute une vie. Comme nous n'étions pas nés diplomates, nous ne le sommes pas devenus. Notre absence d'ambition pour le monde a continué d'être totale.
Étant nés d'un temps où les noms de Staline comme d'Hitler, et avec eux ceux de quelques cohortes, n'étaient pas effacés, nous savons ne pas vouloir le meilleur pour le monde. Il y a bien des choses auxquelles nous n'avons jamais cru. L'Histoire vit parfois des cycles courts où l'entrée dans les choses du trivial est pensable : il n'existe aujourd'hui aucune manière raisonnable de prétendre que cela fut inutile. Personne ne peut calculer le taux de bouleversements intimes que produisent les idées et les rencontres. Il est même possible qu'elles fabriquent du social, si on les laisse aller. Les choses sont allées. Nous les avons laissé faire. Nous en acceptons tous les augures.