Lautresite, le jour, 23 juillet 03



Correspondance, 29. De Nicolas à Paul.
Lundi 29 avril 1996, Bruxelles. Encourageant lorsque l'on souhaite se destiner à la tâche de la transmission des connaissances, d'assister à la dernière leçon de l'un de ses aînés. Après 35 ans d'enseignement, la fraîcheur et l'envie d'expliquer, de montrer non seulement comment ça marche, mais aussi ce qui se trouve de l'autre côté du décor, d'où ça vient, où ça va, pourquoi ça bouge encore.
"N'oubliez pas que le droit est une arme", répète-t-il encore à ses étudiants, en ce dernier quart d'heure. Après plus de 7.000 heures de cours, des générations de juristes qui courent les études d'avocats, les cabinets ministériels, les prétoires, les organisations internationales, les multinationales où sont les rois de l'arbitrage, rappeler encore à ceux-ci, à cette nouvelle vague qui va bientôt, tel un modeste affluent, venir se joindre au flot des praticiens du droit, que la mécanique du droit ne fait avancer que la cause au service de laquelle on la met. Qu'elle n'a pas de direction en soi. Le principe même du droit, d'ailleurs, c'est qu'à partir des mêmes faits, auxquels on applique les mêmes règles, on puisse soutenir deux positions divergentes.
Bien sûr, il n'a pas dit cela aussi clairement ; car cela on ne peut pas l'enseigner comme une connaissance; cela, c'est un art de vivre. Mais ceux qui ne l'ont pas entendu étaient bien durs de la feuille. Choisissez vos causes disait-il. Je — avec tous mes collègues de la faculté — vous fournis une arme puissante et dangereuse, le droit. Celui qui se promène armé a une responsabilité particulière.
C'est cela, un enseignement. Le reste, c'est de l'apprentissage. D'une technique indispensable pour pouvoir mettre en pratique l'enseignement, bien sûr. Mais pourquoi alors sont-ils si nombreux à prétendre, ou à feindre croire, que l'apprentissage est l'enseignement. Mélange des genres, des couleurs, des valeurs. Ou duperie? Dans la caste, certains disent qu'il vaut mieux attendre de partir en retraite pour le dire haut et fort.