Lautresite, le jour, 23 juillet 03



Reprise, 10.
J'ai souvent pensé que notre métier était de réconcilier. Réconcilier l'électeur avec la manière dont il délègue la plus grande part de sa responsabilité politique, réconcilier le consommateur avec une idée praticable de la croissance, réconcilier le contribuable avec une raison raisonnable de payer ses impôts... Le citoyen est tour à tour cet électeur, ce contribuable, ce consommateur, ce client, ce donateur.... on pourrait aussi bien dire cet otage. Cette idée de réconciliation — que Havel tente de mettre en œuvre entre la morale et la politique — tend à devenir un principe réfractaire. Car c'est désormais celui qui réconcilie qui est dissident. Celui qui distend et exclut Incarne une nouvelle conformité. Je ne m'explique pas autrement la haine de ce qui est multiple et l'ironie entretenue à propos des formules pluralistes. A-t-on assez remarqué également ce glissement nouveau entre celui qui observe les règles et celui qui y contrevient ? Le respect est désormais un exercice rebelle. Si la démocratie est bien, comme je l'espère, la science des contraintes — dans une démocratie, c'est la liberté que je n'ai pas qui me construit —, cette situation est a priori intenable. Chaque fois que ma conscience des autres s'amenuise, j'évapore un peu plus de ma liberté et de mon autonomie. Or, nous savons tous que nous n'avons de vrai choix qu'entre le fossé et le remblai. Faire partie de ceux qui creusent ou de ceux qui comblent n'est pas un engagement à prendre à la légère.

Correspondance, 27. De Nicolas à Paul.

27 avril 1996, Bruxelles. Désolé : R.A.S. Pas de guerre nouvelle, pas de connerie de l'actualité, et surtout je suis fatigué. Ce doit être l'air vicié que j'ai respiré pendant deux jours à Strasbourg. Je me demande quand même pour la boussole que j'ai jetée, mardi. S'est-elle cassée en tombant. J'hésite à retourner voir.