Lautresite, le jour, 23 juillet 03

 


Si les parents de Georges Perec sont arrivés de Pologne à Paris au début du siècle vingtième, mus par l’antisémitisme européen, n’y a-t-il pas de crainte à avoir quant à la réexpédition dans l’autre sens des descendants de cette diaspora-là au nom de nos seules lois du Marché ?
Y a t-il une idée européenne qui ne s’incarne pas et un ersatz qui nous tient lieu de rêve ? La présidence actuelle modifie ce rêve en cauchemar, par-dessus le marché, si cette expression a un sens commun.

La frontière yougoslave — doit-on dire serbo-monténégrine pour s’adapter à la dénomination actuelle de cette fédération… à deux ? — est un tumulte. La pression qui y fut exercée de 1992 à 2000 en a fait une zone chaotique au plan de sa lisibilité, de sa viabilité presque. Aux chicanes plantées par des blocs de bétons, succèdent celles des policiers.
La pluie retriple. Je n’y vois pourtant goutte. Suis-je sorti de la zone frontière ? Est-ce bien la Yougoslavie sur laquelle je roule ?

Ben oui.

Le 31 août 1993, j’arrivais ici, muni d’un visa de "tourisme" valable trois mois, mû par cette idée d’ouvrir, dans des villes yougoslaves, des sortes d’ambassades. Petit "a". Pas des Ambassades avec des Ambassadeurs mais des représentations d’un bouquet de villes et associations prêtes à agir à leur niveau dans le but de soulager les effets de la guerre qui s’y déroulait, d’une part, et d’émuler la conscience et la capacité d’action des gens qui en ont la liberté et la conscience, d’autre part. Des ambiguïtés subsistent quant à la nécessité d’élaborer cette idée. Le niveau local est un terrain de proximité maximale avec les populations. Sa crédibilité est grande.