Lautresite, le jour, 23 juillet 03



Dans le retour du 11 novembre, j’entendais désormais non une simple profession de foi pacifiste car il est des moments où la guerre seule est raisonnable, mais une protestation contre cette guerre où le sacrifice, la noblesse, le chevaleresque, le patriotique n’avaient été que les masques dérisoires et sanglants du crime, de la bêtise et de l’entêtement. Du peu de cas qu’avaient fait les généraux des deux camps de ces millions de paysans qui leur étaient si étrangers, qu’ils méprisaient sans doute, qu’ils haïssaient peut-être et qu’ils ne célébraient que morts, comme si leur sacrifice eût été la condition du passage de l’archaïque au moderne. Comme s’ils avaient voulu enfouir les paysans dans la terre et en faire l’engrais du monde nouveau, à la fois technique et viril, que chantait Marinetti

Et qu’on tentât de faire de ce jour une journée des femmes ou une collecte de fonds pour actions humanitaires dans le tiers monde, me paraissait à présent de futiles tentatives de donner à cette journée un autre sens que celui qu’elle pouvait acquérir à n’être simplement que l’expression de notre recueillement et de notre pensée, puis-je dire de notre intelligence, en tout cas de notre volonté de comprendre et de résister.