Lautresite, le jour, 23 juillet 03


J’aurais aimé que ce ne fût pas de l'indifférence, seulement un geste de dénégation, un recul inconscient devant cette macabre nique qu'au détour d'un sillon nous faisait soudain l'Histoire. Je n’en étais pas sûr. Le soir même les télévisions se disputaient l’interview d’Alfred Duparcq.

Enfant, je n'aimais pas le 11 novembre. Je n'entendais à cette cérémonie rien d'autre qu'un chant patriotique. Ce qu’elle était. La paix y était moins célébrée que la victoire. Quand les chefs d’Etats européens rendaient hommage aux millions de morts tombés pendant la première guerre mondiale en se recueillant sur la tombe du soldat inconnu, les pays ne fêtaient pas le temps de leur miraculeuse réconciliation mais réveillaient les fantômes d’une désunion éternelle. Les voix étaient ternes et les discours compassés mais à la flamme qui brûlait, humide des brouillards d’automne, les peuples ressourçaient leur croyance aux nations, croyance qui était si évidemment l’une des causes de la guerre.

Le 11 novembre revenait - c’est le propre des rituels que de revenir - et il m’était impossible de n’y pas penser quelques instants quand, à l'heure dite, la flamme se ranimait sur les écrans de télévision. Mais au fil des années, imperceptiblement, sa signification changeait ou était-ce seulement dans mon esprit que la figure du héros patriotique s’effaçait peu à peu derrière les camarades de tranchée de Barbusse et les soldats allemands de Malraux portant, “sous l’assaut de la pitié”, les premiers gazés russes vers les ambulances?