Lautresite, le jour, 23 juillet 03


“En labourant son champ, un agriculteur de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) a découvert la dépouille d'un soldat de la Première Guerre mondiale et quelques-uns de ses effets personnels: un ceinturon, un couteau, une pipe, un portefeuille et un stylo-plume. Appelé sur les lieux, Alfred Duparcq, président de l'association d'histoire locale, s'est rendu compte à sa grande stupeur que le stylo portant la marque "Waterman's Fountain Pen Ny.USA. Augu. 4 1908" était toujours utilisable plus de 80 ans après. Le stylo avec une plume en or rétractable, était encore rempli d'encre. Alfred Duparcq a contacté le ministère des Anciens Combattants pour retrouver les descendants du soldat, tué probablement en mai 1915 au cours de la bataille d'Artois, et leur restituer le fameux stylo “.

À la lecture de l’article, dans un journal daté du 23 avril 1996, quelque chose me mit mal à l’aise. Cet enthousiasme pour la qualité de l'encre et le caractère rétractable de la plume en or, me gênait.

Pour le paysan qui labourait son champ, pour les habitants de Loos-en-Gohelle qui voyaient resurgir les fantômes des batailles qui avaient ravagé leur région, pour la famille qui allait donner une sépulture à un grand père disparu depuis quatre-vingts ans et conserver de lui quelques souvenirs, comme pour chacun de nous, je doutais que la marque et la date de fabrication du stylo fussent de quelqu'importance. Dans ces quelques lignes, le soldat semblait compter moins que son stylo, l’homme moins que l’objet. Sa mort était comme oubliée tandis que l’on s’émerveillait de la survie de sa plume.