Lautresite, le jour, 23 juillet 03


En chemin vers Etretat et les goélands nichés sur ses falaises d'aval et d’amont, j'avais traversé la baie de Somme. Je voulais revoir ses infinités d'eaux mêlées de sables et d'oiseaux, entre la pointe du Hourdel et la petite cité du Crotoy où Jules Verne écrivit 20.000 lieues sous les mers. De l'autoroute du nord, j’avais mis le cap sur Amiens, Venise de Picardie, via Cambrai, Bapaume et Albert.

Au café-relais de Pozières, tous les murs étaient décorés d'insignes et de reliques de la grande guerre. Sur les appuis de fenêtres, des douilles de cuivre, des éclats de shrapnels. Au fond de la salle, un mannequin en costume d'officier anglais. Le café était plein. La patronne avait fristouillé de l'omelette aux frites à la demande d'une vingtaine d'Anglais. Elle préparait du rôti de porc pour les Australiens qui arrivaient le lendemain. En début de semaine, les Irlandais lui avaient commandé des sandwiches. Toute l'année, ils viennent, jeunes et vieux, rendre hommage à leurs morts et visiter les champs de bataille de la Somme. Je n'avais jamais entendu parler de Pozières, mais les Australiens le connaissent. Un village du Queensland porte aujourd'hui son nom. C'est à Pozières qu'apparurent pour la première fois, en septembre 1916, les chars de combat. Devant son pastis, le patron du Café Relais ne parlait que de la guerre. Comme si l’armistice n’avait été signé que pour la forme et que la guerre continuait déguisée en paix, omniprésente dans les âmes et le paysage blessés. En cinq mois de bataille ininterrompue, les Alliés n'avancèrent ici que de dix kilomètres et les pertes des deux camps s’élevèrent à un million d'hommes.