Lautresite, le jour, 22 juillet 03




Là aussi les décisions étaient d'avance prises. L'information sur ce qui peut faire l'objet de décision — donc représente quelque parcelle de pouvoir — n'est distillée que lorsque l'un qui sait déjà extirpe chaque mot de ceux qui se croyaient immunisés de la démocratie, parce que la décision est déjà prise, parce qu'on n'en parlera pas dans les forums publics. Mais quelles que soient les dissensions dans la discussion aujourd'hui, le consensus ne sera pas brisé. Demain les conspirateurs d'aujourd'hui vainqueurs et vaincus - s'abriteront tous derrière la même façade; I'important est que la porte du bas reste fermée, et que nous soyons dedans, les autres dehors. Je me sens la nausée dans l'air vicié de cet intérieur; mais pas question d'ouvrir porte ou fenêtres, me rappelle-t-on.
Cette semaine, c'est-à-dire hier, on a ouvert la porte du Conseil de l'Europe pour laisser entrer dans la famille des démocraties européennes un État gouverné par un régime fasciste, liberticide et belliqueux. Certainement une dure semaine pour tous ceux qui travaillent dans cette maison garante des droits de l'homme, de l'état de droit et de la démocratie.
À l'un des hauts responsables de l'institution à qui, en guise de salut, je dis que ce dût être une dure semaine. Je m'entends répondre: "tout a une fin". Tout a une fin.

Correspondances, 26, Paul à Nicolas
Vendredi 26 avril 1996, Strasbourg. Désabusement, désappointement, déception, tous ces mots désenchantés et bien d'autres. Nos réunions strasbourgeoises nous réussissent fort peu, cette fois. Voilà que nous discutons de ce projet que nous menons depuis plus de trois ans et qui devrait aujourd'hui nous payer tous en retour des risques pris, des responsabilités assumées, des énergies déployées.