Lautresite, le jour, 22 juillet 03



Correspondances, 24, Paul à Nicolas.
Mercredi 24 avril 1996, Strasbourg. Doudaiev est mort, mais nul ne le sait encore précisément ce matin. On apprendra, l'après-midi, qu'il aurait été repéré via son téléphone cellulaire et qu'un missile a fait le reste. C'est la deuxième fois en quelques jours que le GSM fait l'actualité. De l'importance de la communication qui comme le rappelait si bien Pierre Schaeffer signifie en quelque sorte "être équipé, avoir des munitions".
Je suis, de la tribune, les débats de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui décideront tout à l'heure de l'adhésion de la Croatie, quarantième drapeau à planter au seuil du Palais des droits de l'homme. On vote par assis et levés. Il existe un suspens très évasif. Et les tours de parole laissent augurer très vite que l'on s'orientera vers une nouvelle approche pragmatique, la seule dorénavant qui puisse rassembler encore, semble-t-il, des majorités politiques. Levés, les députés déclarent que l'adhésion de la Croatie est bonne pour les réfugiés, estiment qu'elle est bonne aussi pour la démocratie, décident qu'elle est bonne, toujours, pour les minorités, attestent qu'elle est bonne, enfin, pour la paix. Une panacée, donc, en foi de quoi le vote est réduit à une formalité. La liberté de la presse, les Serbes de la Krajina, la Slavonie orientale, l'éviction du maire de Zagreb, la traduction des inculpés devant le Tribunal Pénal International de la Haye, on vient, par contre, de s'asseoir dessus. À peine si la Croatie, baptisée avant d'être convertie, a-t-elle pris l'engagement de respecter les vingt et un points de suspension à son adhésion. Levés, une dernière fois, on en appelle aux grands hommes, à Willi Brandt, à son OstPolitik, au "changement par le rapprochement". Dans cette contamination démocratique, il reste cependant à savoir qui l'emportera, de la cure ou de la maladie.
Je me demande si l'adhésion de la Croatie est bonne également pour l'immense lassitude que je sens monter en moi. Conséquemment, je regagne l'hôtel et me couche, mais pour ma part, c'est sur un lit.