Lautresite, le jour, 22 juillet 03



Ce qui est encore un mauvais coup fait aux mots qui continuent, avec une belle hébétude, à signifier le contraire de ce qu'ils veulent dire ou à en apaiser le sens profond. Post-fasciste signifie ainsi aujourd'hui démocrate mais, à ce que je lis, cependant, communiste signifie toujours communiste. A contrario, je me dis donc qu'il s'agit là d'un mot qui ne fait plus peur à personne.

Le décès de Robert Hersant et la défaite politique de Silvio Berlusconi survenant le même jour (hier) à la même heure (à tel point que J'ai cru que le flash spécial qui annonçait la mort de l'un allait être consacré aux résultats de l'autre), je ne peux m'empêcher de penser que les années 80 viennent de subir une nouvelle vicissitude. Des gens parviennent à leur apogée et dominent une décennie-ils avaient été partenaires de la création de la Cinquième chaîne de télévision française — et disparaissent au cours de la suivante. Bien sûr, je sais que leur histoire fut plus longue et très homogène — l'un venait du fascisme, l'autre s'y alliait — mais ces conjonctions invitent néanmoins à un traitement ramassé et à une obligatoire humilité. Le temps vous est compté qui fait votre gloire. S'il vous est donné, passez-le à vous comporter noblement avec les petites choses et modestement avec les grandes. Sinon, nous serons un certain nombre de survivants à cracher sur vos tombes, à rappeler vos passés crapoteux et à gifler vos cadavres. Et à nous étonner, comme je le fais, que le quotidien bruxellois "Le Soir" édite une carte de l'empire de presse du papivore en oubliant de s'y situer, lui que Hersant racheta pourtant à hauteur de 40 %. Ce que je dis de la faculté d'oubli — qui devrait être universitaire — et de l'exercice de la mémoire — qui devrait être physique.