Lautresite, le jour, 22 juillet 03



Correspondances, 21, Nicolas à Paul
Dimanche 21 avril 1996, Knokke. Comme tout le monde, je suis allé à la mer. Comme tout le monde, j'ai déambulé dans la marée humaine, regardant de loin l'onde grise. D'autres votaient en Italie, se terraient en Israël ou au Liban, mourraient à Paris.
Comme tout le monde, j'ai pris le soleil. Comme tout le monde, je me suis trouvé pris dans les embouteillages sur le chemin du retour. Comme tout le monde, je n'ai pas grand chose à dire de mon week-end.

Correspondances, 22, Paul à Nicolas
Lundi, 22 avril 1996. Donc, ce n'est pas la gauche, mais le centre-gauche serinent aujourd'hui les radios comme pour s'excuser de cette survenance incongrue dans un paysage finalement néolibéralisé. Quel pays, l'Italie, pour se permettre une telle recomposition. J'ai souvent plaidé que l'Italie et la Belgique avaient en commun plus que la tragédie du Heysel et que les trains de gens du Sud — de la main d'œuvre contre du charbon — restés en gare chez nous au sortir de la deuxième guerre. Et donc, la question du matin — passé l'étonnement de cette victoire qu'hier, vers 22 heures, les commentateurs de la RAI avaient bien des difficultés à confirmer, plus encore à analyser — est de savoir si la fédéralisation de l'Italie sera bien au programme du gouvernement Prodi. Verrons-nous bientôt sur les cartes de l'Europe naître une région appelée Padanie ainsi que la nomme Bossi ? Où que vous soyez dans le monde, prenez garde à vivre dans le Nord ou dans l'Ouest. Choisissez peu l'Est, évitez le Sud. Sauf à vous dire que vous serez toujours au nord des uns et à l'ouest des autres et que cette pensée seule vous rassure. Il reste peu de pays fédéralisés en Europe, au regard des Etats décidément nationaux qui poussent comme des champignons et il y a à craindre que, chez beaucoup, fédéralisation ne soit devenu synonyme anticipatif de séparation.