Lautresite, le jour, 18 juillet 03

 


1. Avant-propos. Subotica et Osijek, l’Europe omise ou promise.
Ce titre dans la seule perspective qu’au bout de mon trajet — mon aller-retour dont je connais toutes les stations-service, de Bruxelles à Subotica et Osijek —, vous reteniez, lecteur, ces noms-là. J’y fus délégué de 1993 à 1998, résident, sur le projet des ambassades de la démocratie locale : un dispositif de coopération internationale activé par des communes et des ong au départ de Causes Communes.
Mon retour en arrière pourrait prendre des allures de fuite en avant. Nous verrons. Et vous avec moi, compagnonnes, compagnons, ceux que l’étymologie, chère à Paul, nous enseigne que ce sont ceux-là avec qui nous partageons le pain.
Oui, cette communion définira au mieux notre état d’esprit.
Où il devrait donc être question de Communi(qu)er, de Définir, de Mieux, d’État et d’Esprit. Je pars le 17 juillet, en voiture, vers Subotica, Voïvodine, Serbie, Fédération Serbie-Montenegro, Europe. J’y serai les 18, 19 et 20 puis traversant le Danube, je passerai par la Baranja (dont les Belges se souviendront que ce triangle fut sous leur protection au titre de l’Unprofor durant le conflit yougoslave) où je n’ai jamais pu mettre les pieds, puis vers Osijek à son confin, où je fus toute l’année 1994.
Le Conseil de l’Europe qui a autorisé la redéfinition du projet des Ambassades de la démocratie locale telle que non-déposée au bureau des brevets humanitaires par Causes Communes en 1992, ce Conseil fête le dixième anniversaire de cette idée féconde.
La fécondité n’est pas le fort des institutions. Souvent elles voient naître, lisent les faire-part, comprennent à demi-mot puis envoient leurs pédiatres et le tour de passe-passe est joué. Vous vous retrouvez avec un hybride moitié monstre, moitié ange déchu. La saveur de l’idée de départ, comme dans les préparations homéopathiques, laisse une trace au cœur du réacteur. Mais l’énergie se disperse, les fuites abondent, les pertes d’énergie font les petits profits des uns, la promotion des autres. Pas d’amertume dans ce propos. Tout au plus une ironie qui me garde de la folie.
J’enverrai des billets écrits quand la technologie le permettra, des photographies sans doute par le même biais. Je prendrai du son et verrai quoi en faire, après.
Cahier de charges, donc. Je retourne sur les lieux de l’utopie dans un état d’esprit diamétralement opposé à celui qui m’animait il y a dix ans.
Pensez : une idée sans précédent, un terrain totalement méconnu, des structures indéchiffrables, une guerre "à deux heures d’avion", une langue qui en cache d’autres, un conseil d’une Europe et ce parfum doux de l’illusion qui va son chemin plus vite que le vôtre. Il n’y avait ni gsm ni Internet. Dix ans !

Vous trouverez le premier épisode du carnet de Patrick Quinet le mardi 22 juillet prochain.