Lautresite, le jour, 18 juillet 03



Il n'occupe plus ni l'un ni l'autre de ces postes. Le Parlement soutient depuis peu son projet d'Observatoire géopolitique, sorte de centrale d'alarme des crises à l'échelle européenne. Le voilà qui s'en prend à cette manière dont les gouvernements gèrent le conflit bosniaque : "Nous avons de plus en plus des réflexes d'ONG", dit-il. Il me demande d'où vient mon sourire. Exactement de là : je pense, dans le même temps, que nous avons, nous les ONG, des compétences de plus en plus politiques. Comment en sommes-nous venus à réussir cette inversion ? Comment la volonté et le courage ont-ils finalement supplanté la décision et le risque ? Pas un démocrate sérieux ne peut faire l'impasse sur cette question. Rocard est un démocrate sérieux. Je pense l'être aussi. J'en suis sûr pour ce qui est de Selim Beslagic. Alexander Langer, député européen écologiste italien, l'était aussi. Je l'avais à peine rencontré mais son nom figurait à chaque fois sur les appels, pétitions ou pamphlets que le Forum de Vérone - qu'il avait contribuer à créer- faisait passer sur nos fax. Il s'est suicidé au début juillet, juste avant la chute de Srebrenica. Il n'a, comme l'on dit, pas expliqué son geste. Mais il me semble à moi que sa disparition est à mettre au nombre de celles qui ont emporté les suicidés de la société. Nous serions bien alors à un tournant si l'on se suicidait aujourd'hui en politique comme on le faisait hier en littérature. Afin de garantir la morale. Sa mort a atteint uniment tous ceux qui, avec les moyens du bord - parfois faux-semblants, parfois vraisemblables créations -, luttent pour ce que l'on voudrait appeler une autre ex-Yougoslavie. Beslagic même a assisté à la séance d'hommage qui lui était consacrée au Parlement. Et c'est comme si s'étaient comptés autour de Langer les membres d'une nouvelle famille européenne, toute petite encore mais impossiblement multipolitique et polyculturelle.