Lautresite, le jour, 18 juillet 03



Histoire, 8.
21 juillet 1995. La déclaration de Selim Beslagic me ramène également à Strasbourg où, par deux fois, il est venu plaider pour l'ouverture dans sa ville de Tuzla d'une Ambassade de la démocratie locale, un de ces projets dont nous assumons, à Causes Communes, une paternité parfois lancinante. Je précise qu'il s'agit d'accords intercommunaux entre villes européennes et villes croates, bosniaques, serbes, slovènes ou macédoniennes où des concepts comme les droits des minorités, l'autonomie locale et les échanges économiques engagent de façon conjointe les partenaires. Une de ces ambassades est prévue depuis plusieurs mois à Tuzla. Sa création prend malheureusement plus de temps que prévu. Les partenaires européens (Bologne, Stockholm, Hambourg et Strasbourg) ont du mal à trouver leurs marques. Cela m'obsède. Claudio, le délégué bolognais de l'ambassade aurait dû partir pour Tuzla le 15 juillet. Je sais qu'il n'y sera pas avant une quinzaine de jours. C'est dans la situation actuelle presque une affaire d'honneur. Je connais pourtant la détermination des Italiens mais je vois tous les jours, en regard, celle des Serbes de Bosnie. Evidemment, quelque chose ne colle pas. De l'aboulie encore. Si elle commence à contaminer nos amis, nous sommes peut-être bien fichus, après tout. En mai, au terme de l'intervention que nous avions faite, avec le maire Beslagic, devant le Forum pour la Prévention des Conflits (un intergroupe de parlementaires européens constitué autour de Bernard Kouchner, Daniel Cohn-Bendit, José-Maria Mendiluce et Alexander Langer) au nom de notre comité de pilotage institué au sein du Conseil de l'Europe, le député européen Michel Rocard avait commenté cette idée des Ambassades de la démocratie locale que nous installons depuis deux ans dans quelques villes d'ex-Yougoslavie. D'une manière un peu surprenante, il convint, s'agissant des affaires internationales, qu'il s'était senti plus libre dans son rôle de maire de Conflans Sainte Honorine que dans son statut de premier ministre de la France.