Lautresite, le jour, 18 juillet 03



Chaque matin il faut s'imaginer devoir choisir, son camp; entre les autonomistes corses cagoulés et armés - ou les représentants de la souveraineté une et indivisible de la France sous leurs képis; entre des bandes de banlieusards bardées de quincaillerie et de haines ou les forces de l'ordre retranchées derrière des boucliers; entre des travailleurs désespérés et prêts à tout et un patronat barricadé derrière ses milices. Je rêve qu'il s'en trouvera encore quelques-uns pour renvoyer dos à dos les bellicistes de tous poils et pour avoir la force d'imposer la paix. Paix qui dispose de moyens qu'aucune arme ne pourra arrêter. Je sais que dans la douleur des familles au Proche-Orient ou en Bosnie, il est plus facile de saisir une fusil que d'inventer ces instruments de paix. Pourtant ces moyens de la paix, il faut les concevoir, les construire et s'en doter. Il faut partout créer un camp de la paix. Civis pacerri, construis la paix. Ce sera toujours plus facile auJourd'hui que demain car en face ils n'attendent pas. Et quand je dis en face, c'est tous ceux qui préparent la guerre, même dans ton propre camp. C'est eux, tous, les ennemis de la paix; et nous, tous, les victimes consentantes de la guerre.

Correspondances, 20, Paul à Nicolas
Samedi 20 avril 1996. C'est un parc à Bruxelles et, cette fois, le printemps ressemble à l'été. Ces brusqueries météorologiques font de nous des passants vélléitaires. Nous décidons vaguement de notre équipement, troquons nos gilets pour des t-shirts et faisons de mauvais sort aux dictons de saison. Je m'en sors bien, à peine un pied tordu pour Louise et deux glaces. Entre-temps, sur le kiosque on ne joue plus Mozart mais au karaoké. Défilent alors des voix plus ou moins accordées dont aucune ne doit avoir appris la notation, le solfège, la musique. Mozart ou une paire de bottes ? Balzac ou la haute couture ? Nietzche ou une sitcom ? Penser cela aujourd'hui configure le vieux con, augure d'autres temps où il fallait du sacré pour faire de l'art.