Lautresite, le jour, 17 juillet 03



L'étonnement, évidemment, c'est que la culture soit devenue une matière parmi d'autres quand nous attendions qu'elle soit la matière même de la (re)fondation européenne. Lorsque l'on lit par exemple que "l'Union doit contribuer à l'épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l'héritage culturel commun; qu' "il s’agit pour cela d’encourager la coopération entre les Etats membres et, si nécessaire, d’appuyer et compléter leur action" et que "cette coopération doit mener à un véritable espace culturel européen", on voit bien qu'il y a là quelque chose d'objectivant, de terriblement neutre, de fort éloigné aussi de ce que l'Europe est en train de devenir. Car enfin ce serait quoi, aujourd'hui, la coopération culturelle inter-européenne à part des coproductions, des participations ou des co-financements ? Ce serait aller à Vienne avec les comédiens autrichiens défendre les budgets du théâtre ? Empêcher les ministres italiens de réaliser la nuit des audits dans les musées ? Se déplacer pour chanter à Vitrolles ? Aller habiter la communauté de Christiana au Danemark ? Enfin bref, on voit ce que je veux dire. Nous ne serons jamais dans la culture de l'Europe si nous ne sommes pas en même temps dans le politique européen.
On ne peut donc se contenter de cela, de croire que des échanges européens se suffisent : qu'un festival ici soit transfrontalier, que là des compagnies voyagent, que partout des résidences se troquent, que des professionnels soient formés, que des équipements soient développés ou qu'une identité, au final, soit défendue. C'est la nature même de l'identité qui demande désormais à être travaillée. On avait cru, tous, que cela allait de soi. On voit aujourd'hui que les questions nationales, régionales, localistes, familiales, nucléaires même, agissent tous les jours comme de forts dissolvants du bien commun culturel. Le premier chantier désormais est là : on ne peut continuer durablement de confondre des mécaniques programmatiques et des logiques de projet.