Lautresite, le jour, 17 juillet 03



Correspondances, 17, Nicolas à Paul
Mercredi 17 avril 1996, Copenhague. Commémoration ou célébration ? Dix ans depuis la signature de la Charte européenne de l'autonomie locale. C'est pour cela que je suis ici. Cette Charte est un document important, peut-être même dans l'évolution à moyen terme de l'Europe, mais dont la portée à ce jour n'est connue que d'un petit nombre de spécialistes. Notre commémoration n'aura intéressé ni la presse, ni le moindre public hors du cercle des commémorateurs.
La célébration, bien formelle d'ailleurs, non plus. Réceptions, séances solennelles, dîners, discours, exposés, analyses, les participants auront une fois de plus été privés de contact avec le lieu. Dommage, car il s'agit d'une ville où l'on célèbre en permanence une modernité déjà dépassée ailleurs dans les pays riches. Une atmosphère d'années soixante ou septante flotte dans les rues on chante de la musique folk à tous les coins de rue la journée, dans tous les cafés le soir; la scène jazz, active, semble s'être pour ce qui est du style, arrêtée dans le début des années soixante. Ceux des européens présents qui ont perçu cela comme une commémoration on trouvé Copenhague surannée, retardée, en marge des grands courants de la modernité mondiale. Pour les autres qui ont vécu la ville comme une célébration, cela fut délicieux. La commémoration permet de visualiser le temps qui passe, la célébration de le vivre.
Ainsi, la vraie célébration de l'autonomie locale, ce soir, ne peut pas avoir lieu à Copenhague entre ministres, hauts fonctionnaires, élus locaux ou régionaux et spécialistes. Ici, c'est la commémoration. Mais je suis sûr que dans bien des villes, régions ou villages en Europe, il est des assemblées d'élus ou de citoyens qui bataillent dur pour défendre le choix d'un projet contre une vision différente de l'avenir, des conseils qui débattent des priorités à inscrire dans le budget de la ville.