Lautresite, le jour, 16 juillet 03



Aurait-on tracé une insensée diagonale islamiste entre nos banlieues ou nos vieux quartiers et les mosquées de Sarajevo ou de Zepa ? Il faudra, toute honte bue, tenter un jour une psychanalyse des peuples. Nous verrons alors que même les laïques sont embarrassés par la religion. Et que le socialisme mitterrandien, celui qui ne voulait pas ajouter la guerre à la guerre, s'est comporté de façon doctrinaire, certes, mais surtout terriblement culturellement correcte. Dira-t-on combien cela a imprégné notre conscience et, surtout, de quelle manière cela répondait à nos enfouies attentes ?

Reprise, 9.
Le surgissement de l'idée locale sur la scène internationale procède — en ce qui nous concerne — d'une conviction et d'une spéculation. La conviction, c'est que — pour paradoxal que cela paraisse — nous estimons que l'ancrage local permet de regarder le monde de plus haut. La spéculation — comment la dire ? — est que si un pays égale ses communes, il n'est pas certain que ses communes égalent un pays. S'il existe une liberté communale c'est bien, nous le pensons, cette continuelle réserve, cette permanente retenue, cette déférente distance que le local parvient si bien à se ménager avec l'Etat. Cette révérence gardée autorise la rapidité des choix et l'immédiateté de leur exécution. Conduire une politique extérieure spécifique n'est désormais plus de l'ordre de la fiction pour les communes. Ce fut le cas en Roumanie : alors que la politique internationale restait coupablement immobile et désespérément indignée devant le processus de systématisation des villages, ce sont les municipalités qui ont fourni aux citoyens les cadres concrets de l'action. Opération Villages Roumains aura ainsi, en quelque sorte, initié cette nouvelle compétence communale. Avant 1988, les échanges internationaux des communes se quantifiaient en effet en termes de jumelages ou de coopérations bilatérales.