Lautresite, le jour, 16 juillet 03



Où est le maire de Paris, où est le maire de Lyon, où est le maire de Nantes et la maire de Strasbourg, avait tonné Bernard-Henri Levy. Où était le maire de Bruxelles, aussi. Et celui de Liège, de Charleroi, d'Anvers, vieil ami de la cause ? Nous étions, entre Belges, avec Anne-Marie Lizin qui, de temps en temps, téléphonait pour prendre des nouvelles du front des eaux à Huy, alors inondée. Quoi que l'on en pense, cela avait de la prestance, cette façon de n'être coupé de rien d'important ou d'occasionnel. Pour le reste, Pasqual Maragall, maire de Barcelone, était seul de son genre. Nous savions qu'à Zagreb, d'où nous étions partis, la Forpronu et les ambassades avaient fait l'impossible pour que les maires importants n'embarquent pas dans ces avions pourtant affrétés pour eux. Est-ce la raison pour laquelle Jacques Baumel, salué le premier matin dans l'Holiday Inn de Sarajevo, gaulliste historique, compagnon de la Libération, député-maire de Rueil-Malmaison, s'est évaporé sitôt les cérémonies ouvertes, laissant au premier magistrat de Verdun et à l'un des adjoints au maire de Caen le soin de représenter ce cher et grand pays ? Mais, de quelque façon, les maires de Kuala Lumpur et Ankara palliaient leur absence. Et l'éclairaient de la manière la plus crue qui soit. Jamais on n'aurait pu mieux signifier — pardon au maire de Linz ou de Delft et de quelques autres villes aussi importantes — l'impardonnable musulmanité du Sarajevo assiégé. Et jamais on n'aura mieux donné raison aux Serbes des collines (on les appelle aujourd'hui les Bosno-Serbes) en incarnant — par son désistement même — cette vieille fracture intra-européenne entre ce qui ressortit globalement à la chrétienté et ce qui ne lui appartient décidément pas. Il semblerait que Ronald Reagan ait écrit que jamais les habitants de Sarajevo n'auraient été abandonnés s'ils avaient été majoritairement chrétiens. Ceci fait écho à l'article que Jean Baudrillard a donné à Libération où il suggère que notre aboulie commune est due à cela, exactement : que les Serbes, en réalité, font le travail à notre place. Faut-il voir dans cette inavouable analyse l'une des principales raisons de ce que la presse appelle l'indifférence de l'opinion publique et l'impuissance des gouvernements ?