Lautresite, le jour, 15 juillet 03



Faire ses vaches grasses sur le dos des morts, électrifier l'ethnicité, tourner la gégène économique et produire de l'eau qui, elle, serait pure ? La conférence de Bruxelles a vécu et l'on a vu des sourires aux lèvres politiques. J'attends, moi, qu'on ne m'apporte pas un colis de plus. Je ne peux plus les porter. Mon dos est cassé de ces bonnes intentions.
En ce dimanche, que je passe en famille à Charleroi, je pense aux caisses mutuelles, aux systèmes populaires de sécurité sociale atomisés dans le siècle. Je pense à ces maisons bâties sur la solidarité avec l'argent des autres, c'est-à-dire le nôtre. Je pense au Bien Commun, à l'Etat, à la Chose Publique. À tout ce qui serait précieux, à tout ce qui est dispensable. La victoire de Johan Museeuw à Paris-Roubaix —victoire de la prime, victoire de celui qui prime, victoire finalement déprimée— est-elle a contrario le signe d'un Bien Commun partagé ou d'une Chose Publique dilapidée ? Qui de Museeuw ou de ses deux équipiers devait l'emporter ? On a dit, tout de suite, qu'un coup de fil avait été donné de la voiture même du directeur sportif au patron de la firme sponsor, en Italie. L'entrée de la technologie dans le cyclisme - il connaissait déjà les matériaux composites, il vient de rencontrer le GSM - a l'air de surprendre jusqu'aux journalistes qui relatent les cours de la Bourse. Et le dilemme est, semble-t-il, le suivant : force doit-elle effectivement, en tout état de cause, en n'importe quelle circonstance, rester à la loi ? La victoire de la culture (d'entreprise) sur la nature (du sport) invite à se poser la question de qui légifère dans le domaine musculaire. Qui, de la compétition ou de la négociation l'emporte, au flnal ? Quel esprit est le plus malin : celui d'équipe ou celui du sport ? Les réponses qui viennent de Roubaix me font penser à ce film de Ernst Lubitsch et j'imagine consécutivement les séquences suivantes : les équipiers demandant à Museeuw qui doit l'emporter, Museeuw se tournant vers son directeur sportif, le directeur sportif appelant le patron en Italie, le factoton du patron lui tendant le téléphone, le patron s'en emparant, suant sur son home trainer.
A suivre...