Faire ses vaches grasses sur le dos
des morts, électrifier l'ethnicité, tourner la gégène
économique et produire de l'eau qui, elle, serait pure ? La conférence
de Bruxelles a vécu et l'on a vu des sourires aux lèvres
politiques. J'attends, moi, qu'on ne m'apporte pas un colis de plus.
Je ne peux plus les porter. Mon dos est cassé de ces bonnes intentions.
En ce dimanche, que je passe en famille à Charleroi, je pense
aux caisses mutuelles, aux systèmes populaires de sécurité
sociale atomisés dans le siècle. Je pense à ces
maisons bâties sur la solidarité avec l'argent des autres,
c'est-à-dire le nôtre. Je pense au Bien Commun, à
l'Etat, à la Chose Publique. À tout ce qui serait précieux,
à tout ce qui est dispensable. La victoire de Johan Museeuw à
Paris-Roubaix —victoire de la prime, victoire de celui qui prime,
victoire finalement déprimée— est-elle a contrario
le signe d'un Bien Commun partagé ou d'une Chose Publique dilapidée
? Qui de Museeuw ou de ses deux équipiers devait l'emporter ?
On a dit, tout de suite, qu'un coup de fil avait été donné
de la voiture même du directeur sportif au patron de la firme
sponsor, en Italie. L'entrée de la technologie dans le cyclisme
- il connaissait déjà les matériaux composites,
il vient de rencontrer le GSM - a l'air de surprendre jusqu'aux journalistes
qui relatent les cours de la Bourse. Et le dilemme est, semble-t-il,
le suivant : force doit-elle effectivement, en tout état de cause,
en n'importe quelle circonstance, rester à la loi ? La victoire
de la culture (d'entreprise) sur la nature (du sport) invite à
se poser la question de qui légifère dans le domaine musculaire.
Qui, de la compétition ou de la négociation l'emporte,
au flnal ? Quel esprit est le plus malin : celui d'équipe ou
celui du sport ? Les réponses qui viennent de Roubaix me font
penser à ce film de Ernst Lubitsch et j'imagine consécutivement
les séquences suivantes : les équipiers demandant à
Museeuw qui doit l'emporter, Museeuw se tournant vers son directeur
sportif, le directeur sportif appelant le patron en Italie, le factoton
du patron lui tendant le téléphone, le patron s'en emparant,
suant sur son home trainer.
A suivre...