Lautresite, le jour, 15 juillet 03



Soit. Mais un des mythes à la base des démocraties modernes est, dans ce fameux et introuvable contrat social, l'existence d'une équation liant les droits du citoyen —rappelons nous 1789— et la représentation démocratique.
Mes souvenirs de la science mathématique sont pour le moins flous, mais il me semble que lorsque l'on change un des termes d'une équation, le résultat en est alors modifié, à moins que d'autres termes de l'équation varient en proportion. Donc la démocratie, l'état de droit ou la société devraient en conséquence changer; c'est au choix.
Bien sûr une autre solution, et M. Li Peng ne me contredira sûrement pas, consiste à appliquer plutôt que les lois mathématiques, les lois du marché. Ainsi l'Organisation Mondiale du Commerce devrait organiser un marché annuel sur la place Tien-an-Men. Ceux qui ont quelque peu voyagé savent que c'est la seule place située au cœur d'une capitale sur laquelle il est possible d'exposer côté à côté et sans les démonter, toutes les gammes d'Airbus et de Boeing. Et si la date du 4 juin était pour ce marché judicieusement retenue, on éviterait dans le même temps que des étudiants romantiques viennent y ériger une statue de la liberté surannée ou y proclamer une quelconque déclaration des droits de l'homme. Ainsi on constate que mieux que les lois de la mathématique sociale, les lois du marché apportent une solution à la question des droits de l'homme.

Correspondances, 12, Paul à Nicolas.

Vendredi 12 avril 1996. Bruxelles résonne des pas de loup de cette conférence qui commence aujourd'hui et qui promet beaucoup. Les bailleurs sont entrés dans la ville. J'entends d'ici les cris d'orfraie. Je m'entête sur cette persévérance où tout est affaire de conviction. Qu'on ne se paye pas de mots, donc. Pas aujourd'hui. Plus maintenant.