Soit. Mais un des mythes à la
base des démocraties modernes est, dans ce fameux et introuvable
contrat social, l'existence d'une équation liant les droits du
citoyen —rappelons nous 1789— et la représentation
démocratique.
Mes souvenirs de la science mathématique sont pour le moins flous,
mais il me semble que lorsque l'on change un des termes d'une équation,
le résultat en est alors modifié, à moins que d'autres
termes de l'équation varient en proportion. Donc la démocratie,
l'état de droit ou la société devraient en conséquence
changer; c'est au choix.
Bien sûr une autre solution, et M. Li Peng ne me contredira sûrement
pas, consiste à appliquer plutôt que les lois mathématiques,
les lois du marché. Ainsi l'Organisation Mondiale du Commerce
devrait organiser un marché annuel sur la place Tien-an-Men.
Ceux qui ont quelque peu voyagé savent que c'est la seule place
située au cœur d'une capitale sur laquelle il est possible
d'exposer côté à côté et sans les démonter,
toutes les gammes d'Airbus et de Boeing. Et si la date du 4 juin était
pour ce marché judicieusement retenue, on éviterait dans
le même temps que des étudiants romantiques viennent y
ériger une statue de la liberté surannée ou y proclamer
une quelconque déclaration des droits de l'homme. Ainsi on constate
que mieux que les lois de la mathématique sociale, les lois du
marché apportent une solution à la question des droits
de l'homme.
Correspondances, 12, Paul à Nicolas.
Vendredi 12 avril 1996. Bruxelles résonne des pas de loup de
cette conférence qui commence aujourd'hui et qui promet beaucoup.
Les bailleurs sont entrés dans la ville. J'entends d'ici les
cris d'orfraie. Je m'entête sur cette persévérance
où tout est affaire de conviction. Qu'on ne se paye pas de mots,
donc. Pas aujourd'hui. Plus maintenant.