Oui, cette citoyenneté dont nous
nous revendiquons est d'abord un processus qui peut être à
tout instant arrêté. Mais aujourd'hui que nous pouvons
pleinement l'exercer dans le village planétaire, nous ne pouvons
et ne devons pas nous en priver. Afin que l'Europe, ainsi que le disait
ce philosophe hongrois, demeure un continent et ne devienne pas un problème.(Discours
d'introduction aux Rencontres de l’Epau, Le Mans, 28 novembre
1992)
Correspondances, 11, Nicolas à Paul.
Jeudi 11 avril 1996, Beijing-sur-Seine. Bafoués. Foulés
aux pieds, écrasés sans même que bataille ne fut
livrée. Le Baroud d'honneur du Premier Ministre français
face à son homologue chinois, et le mini incident diplomatique
qu'on en a fait, n'y aura rien changé. Les droits de l'homme
n'ont pas été évoqués, ce qui satisfait
exactement le choix de la Chine et consacre la défaite de la
patrie des droits de l'homme.
Il y a là des aspects amusants. Notamment que l'Europe continentale
subit pour la première fois depuis les invasions vikings –
fort anciennes on en convient — une indiscutable forme de colonialisme.
Le plus comique c'est que dans ce cas d'imposition de la loi du plus
fort, la loi qui s'impose n'est pas celle de la culture chinoise millénaire,
ni bien évidement celle de la Chine communiste, mais l'expression
de l'indomptable impérialisme de la loi du marché. Que
les diplomates et hommes d'affaires occidentaux croyaient avoir eux-mêmes
imposé aux dirigeants communistes de Pékin. L'histoire
de l'arroseur arrosé est susceptible de bien des variations,
mais elle fait toujours sourire.
Il y a aussi des aspects que je trouve moins drôles. L'Europe
renonce aux valeurs des droits de l'homme - et cet exemple emblématique
s'inscrit dans une tendance lourde de reflux des principes fondateurs
de notre modernité - et accepte la dominance de la culture marchande
sur l'humanisme.