Lautresite, le jour, 15 juillet 03



Et nous, habitants d'Europe, de l'autre Europe, que pensons-nous ? Que faisons-nous ? Nous nous posons des questions. Nous nous demandons par exemple que faire de ces pays dont les peuples sont attirés par des nationalismes haineux et dont les populations sont prêtes à se convertir au premier capitalisme sauvage venu ? Ces nationalismes nous effraient, ces économies déliquescentes nous effarent, ces balbutiements démocratiques nous impatientent. C'est pourquoi nous ne faisons rien, ou presque. Nous réparons, nous colmatons, en fait, nous bricolons. Nous faisons en sorte que les gens là-bas, n'aient ni trop faim, ni trop froid, ni trop mal. Nous faisons, à vrai dire, du protectionnisme humanitaire.
Pourtant, observés comme nous le sommes par des peuples attentifs mais impatients, chacun de nos faux pas ne nous déprécie pas seulement nous-mêmes mais dévalue surtout l'idée-force de la démocratie. Autant dire que l'Europe ne peut se permettre de dévaloriser ses principes et de brader ses méthodes. Et pourtant, dans les actes qu'elle pose envers les pays de l'Est, l'Europe se sent obligée de mettre moins de liberté dans son libéralisme et moins de démocratie dans sa social-démocratie. Parce qu'il y a deux choses insupportables lorsqu'on est un européen des Douze : accepter à la fois le foie gras de Hongrie et l'arrivée des demandeurs d'asile de Roumanie.
Nous, nous sommes des citoyens. Et la citoyenneté est une des chances de l'Europe. Que des communes, en 1988 et pour la toute première fois, se soient mêlées avec cette ampleur, cette intensité, cette détermination, de quelque chose qui ne les regardaient pas est véritablement, nous le pensons, une chance pour l'Europe. C'est pourquoi nous nous devons de la préserver. Cette culture de la citoyenneté inter-européenne —qui a trouvé sa justification dans les échanges tous azimuts entre des gens qui ne savaient rien les uns des autres— est évidemment essentielle aujourd'hui où le feu est mis à la Maison Commune.