Et nous, habitants d'Europe, de l'autre
Europe, que pensons-nous ? Que faisons-nous ? Nous nous posons des questions.
Nous nous demandons par exemple que faire de ces pays dont les peuples
sont attirés par des nationalismes haineux et dont les populations
sont prêtes à se convertir au premier capitalisme sauvage
venu ? Ces nationalismes nous effraient, ces économies déliquescentes
nous effarent, ces balbutiements démocratiques nous impatientent.
C'est pourquoi nous ne faisons rien, ou presque. Nous réparons,
nous colmatons, en fait, nous bricolons. Nous faisons en sorte que les
gens là-bas, n'aient ni trop faim, ni trop froid, ni trop mal.
Nous faisons, à vrai dire, du protectionnisme humanitaire.
Pourtant, observés comme nous le sommes par des peuples attentifs
mais impatients, chacun de nos faux pas ne nous déprécie
pas seulement nous-mêmes mais dévalue surtout l'idée-force
de la démocratie. Autant dire que l'Europe ne peut se permettre
de dévaloriser ses principes et de brader ses méthodes.
Et pourtant, dans les actes qu'elle pose envers les pays de l'Est, l'Europe
se sent obligée de mettre moins de liberté dans son libéralisme
et moins de démocratie dans sa social-démocratie. Parce
qu'il y a deux choses insupportables lorsqu'on est un européen
des Douze : accepter à la fois le foie gras de Hongrie et l'arrivée
des demandeurs d'asile de Roumanie.
Nous, nous sommes des citoyens. Et la citoyenneté est une des
chances de l'Europe. Que des communes, en 1988 et pour la toute première
fois, se soient mêlées avec cette ampleur, cette intensité,
cette détermination, de quelque chose qui ne les regardaient
pas est véritablement, nous le pensons, une chance pour l'Europe.
C'est pourquoi nous nous devons de la préserver. Cette culture
de la citoyenneté inter-européenne —qui a trouvé
sa justification dans les échanges tous azimuts entre des gens
qui ne savaient rien les uns des autres— est évidemment
essentielle aujourd'hui où le feu est mis à la Maison
Commune.