Lautresite, le jour, 15 juillet 03



Commençons brutalement avec cette réflexion cynique entendue récemment : "Si c'était à refaire, au lieu d'applaudir à sa destruction, l'Occident paierait pour que l'on rehausse le Mur de Berlin d'une dizaine de mètres". C'est vrai, si nous étions en 1989 et non pas en 1992, c'est-à-dire quelques siècles plus tard, on se dirait certainement que :
- maintenant que l'Europe peut terminer ce millénaire en ayant vaincu ses deux totalitarismes cousins : le nazi et le communiste, nous allons certainement aller vers plus de cohésion, moins de peur, plus d'humanisme, moins d'égoïsmes.
- la chute du Mur et la destruction du Rideau de Fer vont nous permettre d'exporter cette denrée rare, la démocratie, que nous accompagnerons d'entremets qui auront pour noms : assistances économiques, échanges culturels, partenariats politiques.
- la situation nouvelle créée par les événements de Berlin nous autorisera à laver notre mémoire en famille; nous y redécouvrirons certainement un solide paquet de linge sale mais l'aspiration à la liberté sera telle qu'il se dissoudra bien vite dans l'acide démocratique.
Ainsi aurions-nous pu affirmer que les pays membres de la CEE, du G7, du G24, du Conseil de l'Europe, etc, mettraient en œuvre des programmes jamais vus par leur qualité et leur nombre et qu'ils accueilleraient sous peu ces nations perdues en leur sein; que le danger des résurgences nationalistes ou fondamentalistes resterait lettre morte grâce à la création d'un cadre politique européen partant du maillon local jusqu'au tricot transnational; que la dignité retrouvée des peuples de l'Est ne serait plus oblitérée par des diktats ou des vetos; que l'homme nouveau disparaîtrait totalement du continent européen.
Quelques siècles après, c'est-à-dire trois ans plus tard, il nous faut convenir que ce sont d'abord les convulsions qui font l'Europe : de tentatives de putschs en éclatements, d'exodes en bombardements et d'élections décevantes en manifestations violentes, les pays dits hier encore de l'Est exposent d'eux-mêmes l'image la plus tragique qui soit.